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Actualités - Chronologie

Turquie : les mesures anti-islamistes mécontentent l'armée et le Fazilet

Les mesures annoncées par le gouvernement turc de Mesut Yilmaz pour lutter contre le fondamentalisme musulman n’ont fait que des mécontents: le Parti de la vertu (Fazilet) d’abord, dont le chef, Ismaïl Alptekin, les a qualifiées d’«incompatibles avec un Etat moderne», les militaires ensuite qui les ont jugées insuffisantes et qui ont réclamé davantage de fermeté de la part de l’Etat, à en croire le quotidien libéral «Milliyet». «Les mesures annoncées ne sont pas suffisantes parce que les politiciens ne sont pas suffisamment déterminés. Ils continuent à agir dans un souci électoraliste», selon une source militaire citée par «Milliyet». Le quotidien affirme que les militaires «n’ont pas pris au sérieux» le paquet de mesures présenté par M. Yilmaz. Ces mesures, affirment-ils, vont nécessiter l’adoption de nouvelles lois ou la modification de lois existantes, processus long et difficile. Les militaires estiment, toujours selon cette source, qu’il n’est pas nécessaire de légiférer de nouveau car les lois existent déjà. Il suffit d’avoir la volonté politique de les faire appliquer. M. Yilmaz est gêné politiquement par certaines exigences des militaires, car elles heurtent la sensibilité de son électorat conservateur. Toutefois, cédant à leur pression, il avait annoncé lundi une série de mesures, prévoyant notamment le contrôle des activités des institutions soupçonnées de soutenir ou financer l’intégrisme musulman, la surveillance des émissions des radios et télévisions privées, la modification de la loi sur les manifestations et le renforcement des peines contre les contrevenants aux lois sur l’habillement dans la fonction publique. Mais les militaires insistent également sur la nécessité d’une purge de tous les hauts responsables d’obédience islamiste infiltrés au sein de l’Etat, principalement au ministère de la Justice, qui fut détenu pendant un an, de juin 1996 à juin 1997, par un dur du mouvement islamiste, Sevket Kazan, sous le précédent gouvernement à dominante islamiste de Necmettin Erbakan. «Ils affirment, a ajouté cette source, que 37 gouverneurs de province sur 80 et 200 sous-préfets sont des partisans notoires de la «charia» (loi coranique) mais qu’ils sont toujours en fonction. Il n’est pas possible de mener une lutte efficace contre l’extrémisme religieux avec ces fonctionnaires». «Parmi les mesures annoncées, il n’existe pas une position nette contre le port du foulard islamique», a estimé la même source militaire. Le foulard islamique est l’obsession des militaires et des pro-laïcs, qui le considèrent non pas comme une profession de foi comme l’affirment les islamistes, mais comme un signe idéologique de soutien aux «idées réactionnaires» de retour à la charia. «Déclaration de guerre» Pour le chef du Parti de la vertu (Fazilet) Ismaïl Alptekin, qui prenait la parole devant les membres du groupe parlementaire de son mouvement, «la plupart des mesures édictées par le gouvernement sont incompatibles avec notre con-ception d’un Etat moderne. Une lutte qui est menée par des méthodes illégales est, selon lui, aussi dangereuse que le terrorisme». «Comment définir le fondamentalisme?, s’est écrié M. Alptekin. Les mesures annoncées par le gouvernement sont susceptibles de détériorer les sentiments de fidélité de la population envers l’Etat». Le Fazilet, créé en décembre, a succédé au Parti de la prospérité (Refah), dissous en janvier pour activités contre le régime laïc par la Cour constitutionnelle. Depuis la dissolution du Refah, 142 de ses 147 députés ont rallié le Fazilet, qui est ainsi devenu le premier parti en sièges au Parlement, comme l’était le Refah. Pour sa part, le journal islamiste «Akit» (radical) a violemment critiqué les mesures gouvernementales, les qualifiant de «déclaration de guerre au peuple». «Le gouvernement vise à combattre la population car c’est elle qui envoie ses enfants aux écoles religieuses et leur conseille de porter le foulard islamique», écrit ce quotidien. Selon des informations parues depuis quelques jours dans la presse turque, les militaires s’apprêtent à demander au gouvernement d’agir avec plus de fermeté contre les islamistes, lors de la réunion annuelle, vendredi, du Conseil national de sécurité (MGK), où ils siègent avec les principaux responsables civils du pays. L’armée avait joué un rôle central dans l’éviction du gouvernement de coalition à dominante islamiste de M. Erbakan qui a dû démissionner en juin 1997. Jeudi, le premier ministre a rencontré le chef d’état-major des armées, le général Ismail Hakki Karadayi, pour la première fois depuis la publication la semaine dernière par l’armée d’un communiqué qui réaffirmait avec force sa détermination à lutter contre le fondamentalisme musulman. Le général Karadayi a rencontré M. Yilmaz à l’issue d’une réunion avec les quatre plus hauts commandants militaires du pays, avec qui il a «fait le point de la situation», selon l’agence Anatolie. Dans le même temps, le gouvernement a soumis au Parlement un projet de loi prévoyant l’instauration d’un système majoritaire à deux tours pour les élections municipales, ce qui devrait défavoriser fortement les candidats islamistes. Selon le projet de loi, pour être élu au premier tour d’une élection municipale, un candidat devra désormais obtenir au moins 51% des suffrages. Sinon, un deuxième tour de scrutin aura lieu entre les deux candidats les mieux placés à l’issue du premier. Ce système de ballottage, inspiré du système français, vise principalement à faire barrage aux candidats islamistes en incitant les partis traditionnels de centre gauche ou de droite à conclure des alliances électorales, ce que jusqu’à présent ils se refusaient à faire. Le système électoral actuel est à la proportionnelle à un seul tour. Les prochaines municipales en Turquie doivent normalement se tenir en mars 1999. Selon les analystes, si ce projet est adopté, les partis politiques s’engageront dans des alliances pour bloquer l’élection de candidats islamistes dans plusieurs bastions de ces derniers. Le Parti de la juste voie (DYP, droite) de l’ancien premier ministre Tansu Ciller soutiendra ce projet de loi, selon cette source, en raison de son mauvais score aux dernières municipales. (AFP, Reuters)
Les mesures annoncées par le gouvernement turc de Mesut Yilmaz pour lutter contre le fondamentalisme musulman n’ont fait que des mécontents: le Parti de la vertu (Fazilet) d’abord, dont le chef, Ismaïl Alptekin, les a qualifiées d’«incompatibles avec un Etat moderne», les militaires ensuite qui les ont jugées insuffisantes et qui ont réclamé davantage de fermeté de la part de l’Etat, à en croire le quotidien libéral «Milliyet». «Les mesures annoncées ne sont pas suffisantes parce que les politiciens ne sont pas suffisamment déterminés. Ils continuent à agir dans un souci électoraliste», selon une source militaire citée par «Milliyet». Le quotidien affirme que les militaires «n’ont pas pris au sérieux» le paquet de mesures présenté par M. Yilmaz. Ces mesures, affirment-ils, vont nécessiter...