Mandela comparaît devant la justice, mais ça lui fait bouillir le sang
le 20 mars 1998 à 00h00
Le président Nelson Mandela s’est présenté jeudi matin devant la Haute cour de Pretoria pour s’expliquer sur sa décision de créer une commission d’enquête sur les affaires du rugby sud-africain, en avouant que ça lui faisait «bouillir le sang». Tout en soulignant son «grand respect pour l’administration de la justice», le président sud-africain a dit aux journalistes qu’il émettait de «grandes réserves» sur sa comparution devant la justice de son pays. Nelson Mandela est le premier chef d’Etat sud-africain à justifier une décision de l’exécutif devant un tribunal. Il doit expliquer à la Haute cour de Pretoria comment et pourquoi il a signé l’an dernier une ordonnance accordant les pleins pouvoirs à une commission judiciaire chargée d’éplucher la gestion de la Fédération sud-africaine de rugby (SARFU), accusée de manquer de transparence. Le président a souligné que depuis sa prise de fonction à la tête de l’Etat, le 10 mai 1994, il avait mis en place «pas moins de 26 commissions» d’enquête. «Si dans chaque cas, on m’avait demandé de témoigner, cela aurait fini par saper la fonction gouvernementale», a-t-il souligné. «Tout au long de ma vie, j’ai connu quelques situations qui m’ont fait bouillir le sang, a dit Mandela. Mais si vous êtes le bâtisseur d’une nation (...),vous ne devez pas penser avec votre sang, mais avec votre tête». «Je suis un citoyen, et nous avons une Constitution que je respecterai en tant que citoyen», a dit le président, vêtu d’un complet sombre et portant une cravate rouge. Sur le fond de l’affaire, le président a souligné qu’il avait soutenu le rugby pendant longtemps, «parce que c’est un bien national». «Mais des soupçons sérieux ont mis le rugby dans une situation peu enviable. J’espère que la commission lèvera la suspicion. J’en serais l’homme le plus heureux dans le pays». «Mais si on trouve de la substance aux soupçons, je ne peux pas permettre que des accords particuliers prennent le pas sur l’intérêt général», a-t-il ajouté faisant une référence implicite à la domination du monde du rugby par les Blancs afrikaners. Les avocats du président avaient fait valoir que sa convocation constituait un «précédent dangereux» qui allait favoriser la contestation en justice des décisions du chef de l’Etat. A leurs arguments, le juge William de Villiers a répondu que l’intérêt de la justice était supérieur à tout autre, avant de confirmer sa volonté d’entendre le président et de le soumettre à un contre-interrogatoire. La fédération conteste la validité de la commission d’enquête en affirmant que l’ordonnance présidentielle n’a pas été signée en toute connaissance de cause et que la procédure engagée par le ministre des Sports, Steve Tshwete, n’est pas conforme à la Constitution. Pour la SARFU, il s’agit d’une ingérence gouvernementale dans les affaires du sport. Cette affaire a réveillé les tensions raciales qui ont divisé le sport avant les élections multiraciales de 1994 et la coupe du monde de rugby de 1995 remportée par les Springboks. (AFP)
Le président Nelson Mandela s’est présenté jeudi matin devant la Haute cour de Pretoria pour s’expliquer sur sa décision de créer une commission d’enquête sur les affaires du rugby sud-africain, en avouant que ça lui faisait «bouillir le sang». Tout en soulignant son «grand respect pour l’administration de la justice», le président sud-africain a dit aux journalistes qu’il émettait de «grandes réserves» sur sa comparution devant la justice de son pays. Nelson Mandela est le premier chef d’Etat sud-africain à justifier une décision de l’exécutif devant un tribunal. Il doit expliquer à la Haute cour de Pretoria comment et pourquoi il a signé l’an dernier une ordonnance accordant les pleins pouvoirs à une commission judiciaire chargée d’éplucher la gestion de la Fédération sud-africaine de rugby...
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