Jeunes appelés de 18 ans ou officiers de l’ancienne Armée rouge, toutes les couches du système militaire russe ont été touchées ces derniers temps par une vague de suicides provoquée par les problèmes socio-économiques dans le pays. 487 militaires se sont suicidés en 1997, selon des chiffres officiels, et 97 au premier trimestre de cette année. Les psychologues militaires prévoient que cette tendance restera stable. Un jeune soldat, Roman Seriodkine, a retourné son arme contre lui jeudi matin dans la république de Bouriatie, en Sibérie occidentale, après s’être enfui de son unité, a rapporté jeudi l’agence Itar-Tass. Avant de se suicider, ce jeune homme de 18 ans a abattu un gardien qui avait refusé de lui ouvrir la cantine militaire, selon la télévision RTR. Dans sa dernière lettre, il se plaignait de maux de tête et de la faim et demandait de n’accuser personne de sa mort. «Les gens qui choisissent d’être militaires, dans n’importe quel pays, ont une mentalité particulière», estime Alexandre Golts, spécialiste de la défense à l’hebdomadaire Itogui. «Ils considèrent qu’en échange de leur service consciencieux l’État se chargera de leurs problèmes matériels. Lorsque ce contrat est brutalement rompu par l’ État, le militaire ressent un sentiment de totale impuissance», explique-t-il. Selon les psychologues, la moitié des suicides sont dus aux problèmes financiers des militaires dont les salaires rarement versés à temps ne suffisent pas à subvenir aux besoins de leur famille. «L’armée est très amère, elle n’a pas d’argent, elle manque de logements et son moral est au plus bas», estime Dmitri Trenine, de l’antenne moscovite de la Fondation Carnegie. Début octobre, le Premier ministre Evgueni Primakov a annoncé que 1,4 milliard de roubles (87,5 millions de dollars), correspondant à deux mois de soldes (juin et juillet), ont été virés au ministère de la Défense. Avant ce versement, le montant des arriérés de salaires dus aux militaires s’élevait à environ 16 milliards de roubles (1 milliard de dollars environ), selon des estimations d’experts. En outre, à la différence d’autres fonctionnaires, comme les médecins ou les professeurs, les militaires russes n’ont pratiquement pas de possibilité de travailler au noir ou d’occuper un second emploi. En matière de suicides, M. Golts est cependant convaincu que la situation dans l’armée «n’est ni pire, ni meilleure que dans d’autres secteurs de la vie russe». «Notre pays traverse une crise dans tous les domaines et il n’est pas étonnant que les gens dans ces conditions difficiles fassent ce choix», estime le spécialiste. Le bizutage, cause principale des suicides parmi les jeunes soldats qui font leur service militaire obligatoire de deux ans, est également aggravé par les pénuries alimentaires qui augmentent le comportement agressif dans les casernes. «Très souvent, le suicide est retenu comme la raison officielle de la mort d’un soldat, qui est en réalité tué par quelqu’un de son entourage», assure par ailleurs le porte-parole de la Fondation Droits des Mères, Valeria Pantioukhina.
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