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Actualités - Chronologie

Art - Tableaux de maître à la clinique C'est fou, la peinture

Une dizaine de malades mentaux, réunis dans une clinique près de Vienne, ont le privilège de pouvoir peindre dans toutes les pièces et à toute heure. Et pour cause: leurs toiles s’arrachent des milliers de dollars et sont exposées partout dans le monde. Les couloirs surchargés de tableaux de la clinique Maria Gugging accueillent une dizaine d’hommes, la plupart souffrant de schizophrénie, âgés d’au moins 40 ans et délaissés par leurs familles. Ils vivent là, dans cette maison en bordure de la forêt viennoise, encadrés par quatre aides-soignantes. À coups de pinceaux et de crayons, ils ont personnalisé leur foyer, aux façades bariolées et aux chambres souvent décorées des plinthes au plafond. L’idée de cette maison des artistes remonte aux années soixante, lorsque le professeur autrichien Leo Navratil, aujourd’hui à la retraite, commença à interpréter les dessins et les peintures de ses patients pour tenter de diagnostiquer leur état mental. Il décida, au vu de leurs performances artistiques et de leurs résultats médicaux, de continuer à les laisser peindre librement et c’est lui qui a découvert des talents, comme ceux d’«August Walla et Johann Hauser, devenus de grands noms sur le marché de l’art international», indique Christian Bauer du Kunstforum de Vienne, reconnaissant que «la troisième génération de Gugging est moins connue». La première exposition des toiles de style «art brut» de Gugging a eu lieu en 1970 à Vienne et dès 1983, Johann Feilacher, devenu responsable de la maison en 1981, a organisé les premières expositions internationales. Depuis cette date, la maison des artistes peut se prévaloir de plus de 200 expositions, notamment à Tokyo et au musée d’art moderne de New York (MoMA). Joie et argent Certains patients s’enferment dans un silence profond, d’autres s’empressent de montrer leurs travaux signés. «Cela m’apporte beaucoup de joie et en plus je reçois de l’argent», s’exalte Heinrich Reisenbauer, 60 ans, patient de Gugging depuis 1986. Certains patients s’imposent une discipline de fer tandis que d’autres travaillent plus librement. «Soixante-dix pour cent de la vente va à l’artiste et le reste est destiné à la société qui organise les expositions et les ventes de tableaux», ajoute l’organisatrice des expositions, Nina Katsnig. «Ici, on ne parle pas de patients mais d’artistes», poursuit-elle. «Des projets du même genre ont été tentés ailleurs dans le monde mais la qualité n’a jamais été égalée», assure-t-elle fièrement. Il y a quatre ans, pour le lancement de son avant-dernier album, «Outsiders», le chanteur David Bowie s’est rendu à Gugging. Gugging est «une initiative excellente», juge pour sa part le vice-président de l’Ordre des médecins de Basse-Autriche (nord), Harald Schloegl, pour qui «c’est une très bonne méthode pour appréhender la maladie» même si le côté thérapeutique de la pratique artistique a été relégué au second plan depuis le changement de la direction du foyer. Une galerie a été ouverte l’an dernier pour que les collectionneurs puissent regarder et acheter des toiles repérées lors d’une exposition, et les réserves des productions de chaque artiste sont méticuleusement rangées dans des tiroirs attitrés. «Le prix des toiles varie de 1 000 schillings (80 dollars) à 200 000 schillings (16 000 dollars)», indique Nina Katsnig.
Une dizaine de malades mentaux, réunis dans une clinique près de Vienne, ont le privilège de pouvoir peindre dans toutes les pièces et à toute heure. Et pour cause: leurs toiles s’arrachent des milliers de dollars et sont exposées partout dans le monde. Les couloirs surchargés de tableaux de la clinique Maria Gugging accueillent une dizaine d’hommes, la plupart souffrant de schizophrénie, âgés d’au moins 40 ans et délaissés par leurs familles. Ils vivent là, dans cette maison en bordure de la forêt viennoise, encadrés par quatre aides-soignantes. À coups de pinceaux et de crayons, ils ont personnalisé leur foyer, aux façades bariolées et aux chambres souvent décorées des plinthes au plafond. L’idée de cette maison des artistes remonte aux années soixante, lorsque le professeur autrichien Leo Navratil,...