Sans provoquer le nouveau séisme que redoutait la droite, les élections régionales ont rééquilibré la France profonde en faveur de la gauche, qui devrait obtenir une majorité relative de 11 régions sur 21, contre 7 à la droite et 3 régions à égalité. Lionel Jospin a qualifié le résultat de «satisfaisant». Philippe Séguin, président du RPR, qui avait dit redouter «une réplique» du séisme des législatives de juin 1997, l’a jugé «somme toute moyen» pour son camp. Au sortir d’un scrutin marqué par un taux d’abstention record de plus de 40%, gauche et droite obtiennent des scores proches de ceux des législatives de juin 1997, de 36 à 38% contre 35,8% et 35% contre 35,8. Le Front national dépasse les 15%. L’extrême-gauche approche les 5% au niveau national et va faire son entrée dans plusieurs conseils régionaux. Le Parti socialiste, le Parti communiste et les Verts, qui ne contrôlaient que deux régions depuis 1992, conservent le Limousin et le Nord-Pas-de-Calais, marquent deux points majeurs en Ile-de-France et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ils étendent leur emprise sur le sud en prenant l’Aquitaine, Midi-Pyrénées et le Languedoc-Roussillon. Ils s’imposent en Picardie, en Haute-Normandie, en Bourgogne et dans le Centre. La droite, qui détenait 20 présidences de conseils régionaux, garde Alsace, Basse-Normandie, Pays de Loire, Champagne-Ardenne, Lorraine et Bretagne. Selon les résultats définitifs, Valéry Giscard d’Estaing a conservé d’un siège son fief de l’Auvergne. Rhône-Alpes et Poitou-Charentes sont dans une situation d’égalité parfaite entre la gauche et la droite. En Rhône-Alpes, gauche et droite obtiennent 60 sièges chacune, le Front national en obtient 35. L’UDF Charles Millon devrait toutefois conserver la présidence avec l’appui d’un élu CPNT et d’un régionaliste savoisien. En Poitou-Charentes, gauche et droite obtiennent 24 sièges, le Front national cinq et les chasseurs deux. La Franche-Comté est dans une situation d’égalité compliquée par le fait que la gauche a obtenu 16 élus plus une dissidente, et la droite 16 élus dont un représentant des chasseurs. «Bérézina» Toutefois, le nouveau visage des régions, mises en place pour desserrer l’étau du pouvoir central, n’apparaîtra que vendredi, avec la désignation de leurs présidents par les 1.880 conseillers régionaux élus à la proportionnelle. D’ici là des tractations sont attendues, avec l’inconnue de l’attitude des notables locaux de droite devant les propositions d’alliance du Front national, en dépit du refus net des états-majors RPR et UDF. Compte tenu de l’importance de son score, le Front national pourrait jouer les arbitres dans une dizaine de régions, étant même devenu le premier parti en Rhône-Alpes, deuxième région économique française. Pour la gauche, et d’abord pour M. Jospin, la victoire ne fait pas de doute, mais il ne s’agit ni d’un triomphe, ni d’une sinécure, compte tenu de la difficulté à gérer des régions avec des majorités relatives. Et pour la première fois cette gauche gestionnaire, arrivée au pouvoir en juin à la suite d’une faute politique majeure du président gaulliste Jacques Chirac, se trouve flanquée d’une gauche protestataire. L’extrême-gauche a plus que triplé son score aux régionales, en remportant près de 4,4% des suffrages. La dirigeante trostkyste Arlette Laguiller fait son entrée au Conseil régional d’IDF. Sans subir le «tremblement de terre» annoncé, l’opposition de droite connaît un amer lendemain de vote, ayant perdu plusieurs régions et sans espoir d’un retour au pouvoir national avant des années. Si le président Chirac est élu jusqu’en 2.000, il faut aussi attendre cette échéance pour les prochaines législatives, et la droite déboussolée s’interroge sur ses chefs, sa stratégie et ses valeurs. Trois de ses leaders nationaux sont battus, Edouard Balladur et Charles Pasqua en région parisienne, où vivent un Français sur cinq, ainsi que François Léotard en Provence Côte d’Azur. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, a parlé de «Bérézina électorale de la droite RPR-UDF (...), résultat direct de la politique menée (...) par Jacques Chirac». «Devant cette débâcle, le FN apparaît comme la seule force d’opposition nationale, la seule force stable, la seule force de la droite de cœur», a-t-il ajouté, sans révéler les consignes qu’il donnerait aux élus de son parti pour l’élection des présidents des conseils régionaux, vendredi prochain. (AFP, Reuters)
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