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Actualités - Chronologie

L'entraîneur Guy Roux fête ses soixante ans

Guy Roux, 60 ans, dont 37 consacrés à l’AJ Auxerre. La vie du plus atypique entraîneur du football français pourrait tenir en une simple ligne ou dans la simple mention du nombre d’années que ce personnage rondouillard, madré et roublard, a consacrées au seul club qui ait compté pour lui. Venu au football comme l’on entre en religion, le coach bourguignon, qui fêtera dimanche son 60e anniversaire, fait plus que jamais figure de moine-soldat du ballon rond. Lorsqu’il était adolescent, Guy Roux rêvait de devenir instituteur et il y a quelque chose de sacerdotal, de monastique dans l’abnégation et la dévotion qu’il a mise de l’AJA. Sans lui faire injure, l’homme ne fut jamais un joueur de haut niveau et c’est sur le banc, enroulé dans un anorak bleu roi, un bonnet descendu sur les oreilles, qu’il deviendra célèbre. Aussi loin que sa mémoire remonte, il a toujours aimé le football et il a toujours adoré «faire les équipes». Déjà dans la cour du pensionnat d’Auxerre, il organisait les matches entre écoliers et exerçait son autorité sur ses petits camarades. «Je faisais les équipes. J’ai toujours fait les équipes». Né le 18 octobre 1938 à Colmar, ville de garnison où était affecté son père militaire, il fut élevé à Appoigny par ses grands-parents maternels. Sa passion pour le football lui permet de décrocher sa première licence à l’AJA en 1952. Il a alors 14 ans, l’âge auquel aujourd’hui les adolescents sont recrutés dans les centres de formation et voient leur talent mis en culture. Guy Roux, lui, ne se fait guère remarquer. De ses ambitions de joueurs, il ne dit presque rien sinon qu’à la fin des années 50, il tente sa chance à Limoges. Mais son heure n’est pas encore venue. Il râte le concours d’entrée à l’école normale et passe le plus clair de son temps sur le banc des remplaçants. «J’étais l’éternel réserviste», admet-il. Patronage Sans le sou, seulement nourri de ses désillusions, Guy Roux revient à Auxerre. Il a 23 ans. «Je n’avais pas de plan de carrière mais j’avais un plan de travail». Avec son culot, il va frapper à la porte des dirigeants de l’AJA. Le club végète en division d’honneur et a épuisé une douzaine d’entraîneurs depuis la fin de la Seconde Guerre. Il décroche le poste parce qu’il n’y a pas d’autre candidat au poste, parce que ses exigences financières sont maigres (600 FF par mois) et que son bon sens séduit ses employeurs, hommes du terroir. Dans sa déclaration d’intention, il promet de ne jamais dépenser plus de sous qu’il en a. L’argument est imparable. Roux se coule rapidement dans le moule de l’AJA, club issu du patronage dont les liens avec l’Église et l’évêché restent forts et nombreux. Mais il démontre aussi un tempérament nettement marqué. À la veille de son premier match, les dirigeants le convoquent et lui donnent la composition de l’équipe. Le jeune homme menace de claquer la porte. «Depuis ce jour-là, plus personne n’a essayé de s’immiscer dans le domaine technique. Je leur ai expliqué que chacun devait avoir son rôle». Seul maître à bord, Guy Roux mène alors la barque auxerroise comme il l’entend: il décide de tout ou presque, organise les déplacements, supervise l’entretien de la pelouse et contrôle les sorties nocturnes des joueurs. Il consacre également beaucoup de temps libre à observer ce que ses homologues font et comme ses ambitions sont grandes, il choisit les clubs les plus prestigieux. Il suit Seeler à Hambourg, Michels à Barcelone et même Zagallo à Botafogo. Pour se faire admettre aux entraînements, il ne recule devant aucune ruse et se déguise en journaliste ou même en joueur. Il assiste à toutes les Coupe du monde depuis 1966. Ces leçons gratuites se révèlent lentement payantes et en 1970 Auxerre se hisse en troisième division nationale. «C’était à Montceau-les-Mines et je crois que c’est mon plus beau souvenir d’entraîneur». Au moment où l’argent commence à régner sur le football, il comprend également tout l’intérêt qu’il peut tirer de la venue de joueurs issus des pays de l’Est: leur talent est incontestable et leur valeur marchande est raisonnable. Arrivent alors de Pologne les Szeja, Janas, Szarmach, Matysik ou Kaczmarek. Image L’argent avait été sa profession de foi lorsqu’il avait pris ses fonctions, il ne cesse de rester un sujet d’attention particulier comme si être dispendieux revenait à négliger les détails et à ne pas se conduire de manière professionnelle. Un bon footballeur est économe. Aussi à côté des transferts toujours coûteux, Guy Roux organise le centre de formation de l’AJA, il draine la jeunesse et avec l’autorité d’un maître d’école lui apprend le métier. Là encore son succès est incontestable. Son premier international s’appelle Jean-Marc Ferreri, bientôt suivi d’autres aussi célèbres que Basile Boli ou Eric Cantona. Car entre-temps, Auxerre, petite bourgade de 40.000 habitants, est devenue un grand club et s’est ouvert les portes de la D1 en 1980. Les Bourguignons n’ont plus jamais quitté l’élite nationale et Guy Roux peut afficher un palmarès de 700 matches en première division, un doublé Coupe-Championnat en 1996 et près de 60 rencontres en coupes d’Europe. «Je ne vis pas pour la gloire mais quand un Soyouz passe au-dessus d’Auxerre, il ne peut manquer le stade. Ça c’est une trace visible». Avec l’arrivée de la télévision dans le sport, le coach auxerrois cultive de plus en plus ses airs de terroir, son apparence bonasse et inoffensive mâtinée d’une radinerie qui rappelle à chaque Français l’antique goût du bas de laine. Il se pose alors comme le pendant des très bouillants et très médiatiques Bernard Tapie et Claude Bez. Mais lorsque le patron de l’OM et celui de Bordeaux sont rattrapés par les affaires, Guy Roux continue son chemin sans avoir jamais changé d’attitude. «Tant que les gens me prendront pour ce que je ne suis pas, je serai toujours en avance», lance-t-il avec une parfaite rouerie. Car Guy Roux, avec ses fausses allures de paysans mâtois, contoie les grands de ce monde et son nom fut même murmuré pour succéder à Aimé Jacquet à la tête de l’équipe de France. «Il me reste deux ans et demi à Auxerre mais pourquoi pas une folle aventure à l’étranger», dit-il. «J’aimerais diriger une sélection nationale pour la Coupe du monde 2002 et je ne fais pas une croix sur l’équipe de France».
Guy Roux, 60 ans, dont 37 consacrés à l’AJ Auxerre. La vie du plus atypique entraîneur du football français pourrait tenir en une simple ligne ou dans la simple mention du nombre d’années que ce personnage rondouillard, madré et roublard, a consacrées au seul club qui ait compté pour lui. Venu au football comme l’on entre en religion, le coach bourguignon, qui fêtera dimanche son 60e anniversaire, fait plus que jamais figure de moine-soldat du ballon rond. Lorsqu’il était adolescent, Guy Roux rêvait de devenir instituteur et il y a quelque chose de sacerdotal, de monastique dans l’abnégation et la dévotion qu’il a mise de l’AJA. Sans lui faire injure, l’homme ne fut jamais un joueur de haut niveau et c’est sur le banc, enroulé dans un anorak bleu roi, un bonnet descendu sur les oreilles, qu’il deviendra...