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Actualités - Chronologie

Viagra Les coulisses d'un lancement commercial savamment dosé

Avant même de faire son entrée, jeudi, dans les pharmacies françaises, le Viagra bat déjà des records de notoriété, à la grande joie des laboratoires Pfizer, qui n’auront presque pas dépensé un sou pour en faire la publicité. D’ailleurs, toute pub de la petite pilule bleue lui est interdite. Classé «médicament vendu sous prescription», le Viagra n’a pas le droit aux spots TV ou aux campagnes dans la presse grand public, à la différence des produits vendus sans ordonnance. Mais l’attrait du produit (près de trois millions de Français souffriraient de dysfonctionnement érectile) a suffi à susciter la curiosité des journalistes et hisser le Viagra au rayon très convoité du phénomène de société, loin devant le Prozac, précédent champion en la matière. Le Viagra sera vendu autour de 75 F (13,60 dollars) le comprimé, disponible en trois dosages de 25, 50 et 100 mg, sans remboursement par la sécurité sociale. «Depuis avril, date de la mise en vente aux États-Unis, nous avons recensé en France plus de 2 500 coupures de presse, reportages TV ou radio. Ce n’est pas un press book, c’est une armoire», s’exclame le Dr Sylvia Cukier, responsable de la communication chez Pfizer France, dont les spécialités (anti-hypertenseurs, antidépresseurs, etc.) ne sont ordinairement guère connues du grand public. Une moyenne de quatorze articles ou reportages audiovisuels par jour ! Alors même que Pfizer était, officiellement, privé de communication avant l’autorisation de mise sur le marché européen de Viagra, intervenue le 15 septembre. La couverture médiatique n’a certes pas toujours été des plus appropriées, constate-t-on chez le laboratoire américain, qui se souvient du temps où l’on comparait le Viagra à la «pilule du septième ciel». «Mais le message de la médicalisation des troubles de l’érection a fini par faire son chemin et le Viagra apparaît désormais davantage comme un médicament que comme un aphrodisiaque», se félicite Isabelle Gonse, chef de produit chez Pfizer. Le groupe pharmaceutique n’a, il est vrai, pas lésiné sur la formation des médecins et des «relais d’opinion». Quelque 200 médecins «expérimentateurs» (urologues, sexologues, etc.) ont été mobilisés et une vingtaine de séances de formation ont été organisées à destination des praticiens. Des prospections au moyen de documents expédiés par la poste ont été effectuées auprès de 120 000 médecins et de 23 000 pharmaciens. Fait inhabituel: même les urgentistes et les cardiologues ont fait partie des destinataires, à cause des dangers encourus par les patients sujets aux maladies cardio-vasculaires. «Le bon usage du Viagra est impératif. Qu’il n’y ait pas d’accident lors de son utilisation, comme ce fut le cas aux États-Unis, est fondamental», martèle le Dr Cukier. Pour enfoncer le clou, un séminaire d’information a rassemblé fin septembre à Montpellier une cinquantaine de journalistes de la presse grand public. Au menu : intervention de médecins, de l’un des deux découvreurs britanniques de la molécule et même du philosophe André Comte-Sponville. En revanche, pas de travaux pratiques. «Aucun comprimé n’a été distribué», assure-t-on chez Pfizer. «Ils sont draconiens. Je n’ai toujours pas vu un comprimé de mes propres yeux», confirme le Dr Richard Fourcade, trésorier de l’association française d’urologie (UFA). «Je m’attendais d’ailleurs à plus de publicité, plus d’insistance de la part de Pfizer, ajoute cet urologue très impliqué dans le programme Viagra. De toute façon, ils savent que ça se vendra. Médecins, médias, tout le monde travaille pour eux. Ils n’ont rien eu à faire, juste à économiser de l’argent».
Avant même de faire son entrée, jeudi, dans les pharmacies françaises, le Viagra bat déjà des records de notoriété, à la grande joie des laboratoires Pfizer, qui n’auront presque pas dépensé un sou pour en faire la publicité. D’ailleurs, toute pub de la petite pilule bleue lui est interdite. Classé «médicament vendu sous prescription», le Viagra n’a pas le droit aux spots TV ou aux campagnes dans la presse grand public, à la différence des produits vendus sans ordonnance. Mais l’attrait du produit (près de trois millions de Français souffriraient de dysfonctionnement érectile) a suffi à susciter la curiosité des journalistes et hisser le Viagra au rayon très convoité du phénomène de société, loin devant le Prozac, précédent champion en la matière. Le Viagra sera vendu autour de 75 F (13,60 dollars)...