Martyre catholique selon Rome, juive selon les Juifs
le 10 octobre 1998 à 00h00
Le pape a officiellement reconnu en 1987 que sœur Thérèse Bénédicte de la Croix était une «martyre chrétienne», ce que les Juifs contestent. «Il y a dans cette décision une ambiguïté de fond», a déclaré Mme Tullia Zevi, ancienne présidente de la communauté juive italienne, bien connue pour son engagement dans le dialogue judéo-catholique. «Une ambiguïté qui nuit au dialogue entre l’Église catholique et les Juifs. Je dois le souligner en dépit de ma confiance dans l’avenir de ce dialogue», a-t-elle ajouté, en rappelant que la décision du pape de béatifier dimanche dernier le cardinal croate Alojzije Stepinac, considéré comme trop conciliant à l’égard du régime oustachi, avait déjà inquiété le monde juif. «Edith Stein, ainsi que sa soeur Rosa, ont été arrachées par la Gestapo du couvent d’Echt (Hollande) où elles se trouvaient ce 2 août 1942, à cause de leur origine juive. Leur conversion, selon les lois nazies de Nuremberg, ne modifiait en rien leur origine», a souligné Mme Zevi. «On ne peut donc pas affirmer qu’elles ont subi le martyre pour leur foi catholique». Sa nièce, Susanne Batzdorff, avait déclaré en 1987, lors de la béatification d’Edith Stein: «Je suis toujours convaincue qu’elle est une martyre juive, une parmi les six millions de victimes juives de l’Holocauste, une parmi les quatre de notre famille». Dans les milieux juifs internationaux, les qualités morales, la force spirituelle et le prestige intellectuel de la nouvelle sainte ne sont nullement mis en doute. Mais, dans ces mêmes milieux, l’on craint que sa canonisation puisse alimenter une certaine volonté de «christianisation» de l’Holocauste, justifiée par le fait que des dizaines de milliers d’autres victimes non juives, Polonais, Gitans, hommes politiques, handicapés, dont de nombreux catholiques, ont trouvé la mort dans les camps d’extermination nazis.
Le pape a officiellement reconnu en 1987 que sœur Thérèse Bénédicte de la Croix était une «martyre chrétienne», ce que les Juifs contestent. «Il y a dans cette décision une ambiguïté de fond», a déclaré Mme Tullia Zevi, ancienne présidente de la communauté juive italienne, bien connue pour son engagement dans le dialogue judéo-catholique. «Une ambiguïté qui nuit au dialogue entre l’Église catholique et les Juifs. Je dois le souligner en dépit de ma confiance dans l’avenir de ce dialogue», a-t-elle ajouté, en rappelant que la décision du pape de béatifier dimanche dernier le cardinal croate Alojzije Stepinac, considéré comme trop conciliant à l’égard du régime oustachi, avait déjà inquiété le monde juif. «Edith Stein, ainsi que sa soeur Rosa, ont été arrachées par la Gestapo du couvent...
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