Trois ans après avoir échoué à convaincre les Quinze de l’intérêt de créer une zone de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis, la Commission européenne a proposé mercredi une variante limitée de cette idée vivement combattue par la France. Les très libéraux commissaires européens au Commerce extérieur, Leon Brittan, et à l’Industrie, Martin Bangemann, sont parvenus à persuader une majorité de leurs collègues de présenter une nouvelle initiative en ce sens à Strasbourg. Le «New Transatlantic Marketplace» (NTM) qui, assure-t-on à la Commission européenne, n’a rien à voir avec le célèbre groupe français de rap, serait limité à quatre éléments pour éviter la répétition de l’échec essuyé par Leon Brittan en 1995. Tous les droits de douanes sur les produits industriels disparaîtraient d’ici à 2010. Le libre-échange serait instauré dès que possible pour les services. Les investissements, les marchés publics et la propriété intellectuelle seraient libéralisés. Les obstacles aux échanges seraient réduits grâce à une reconnaissance mutuelle ou une harmonisation des normes. «Il s’agit d’un projet politique qui montre que l’Union européenne veut prendre l’initiative», a déclaré mercredi Leon Brittan, selon lequel un accord entre l’Europe et les Etats-Unis, qui comptent pour 60% du marché mondial, aurait un effet d’entraînement pour la libéralisation au niveau mondial. «Nous commençons bilatéralement un processus multilatéral», a-t-il renchéri en rappelant qu’un nouveau cycle de négociations doit commencer en l’an 2000 dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) afin de poursuivre le processus de libéralisation de l’Uruguay Round. Pour le commissaire anglais, le NTM aurait des effets bénéfiques pour les milieux d’affaires, mais aussi pour les consommateurs et les chômeurs, l’Union européenne pouvant notamment en attendre des bénéfices s’élevant à 150 milliards d’écus par an cinq ans après son entrée en vigueur. Des «exceptions» Selon Martin Bangemann, les Européens pourraient ainsi s’attaquer au «protectionnisme américain», en finir avec les multiples querelles commerciales transatlantiques et faire jouer leur compétitivité retrouvée ces dernières années. Il reste à convaincre les Etats-Unis d’entamer des pourparlers et les Quinze de l’opportunité de donner un mandat de négociations à la Commission, ce qui ne sera pas chose aisée. La France a déjà fait savoir qu’il lui semblait peu opportun de se lancer dans une telle aventure au moment où les énergies devraient être mobilisées pour l’euro et l’élargissement. Paris se méfie en outre des initiatives de Leon Brittan qui, au moment des négociations de l’Uruguay Round, s’était attiré les jugements les plus sévères sur sa capacité à défendre les intérêts européens face aux exigences américaines. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Alain Juppé, lui avait même lancé un cinglant «la France ne vous a jamais fait confiance et ne vous fera jamais confiance» qui reste d’actualité si l’on en croit les diplomates. Selon des responsables de la Commission, Leon Brittan a déclaré à ses collègues inquiets d’une possible réaction négative de la France qu’il avait obtenu le feu vert du ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn. Renseignements pris à Paris, un commissaire aurait constaté que Sir Leon avait simplement demandé au «grand argentier» français s’il était favorable à une amélioration des relations transatlantiques, la réponse positive allant de soi. Pour tenter de rassurer les Français, Leon Brittan a pris soin de préciser que l’agriculture et l’audiovisuel seraient des secteurs exclus du NTM, l’«exception culturelle» arrachée par la France dans les négociations de l’Uruguay Round en 1994. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Trois ans après avoir échoué à convaincre les Quinze de l’intérêt de créer une zone de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis, la Commission européenne a proposé mercredi une variante limitée de cette idée vivement combattue par la France. Les très libéraux commissaires européens au Commerce extérieur, Leon Brittan, et à l’Industrie, Martin Bangemann, sont parvenus à persuader une majorité de leurs collègues de présenter une nouvelle initiative en ce sens à Strasbourg. Le «New Transatlantic Marketplace» (NTM) qui, assure-t-on à la Commission européenne, n’a rien à voir avec le célèbre groupe français de rap, serait limité à quatre éléments pour éviter la répétition de l’échec essuyé par Leon Brittan en 1995. Tous les droits de douanes sur les produits industriels...