«La faim est devenue une arme politique. Dans presque tous les conflits du globe, elle est créée artificiellement», affirme l’association humanitaire Action contre la Faim (ACF). L’ouvrage «Géopolitique de la faim», publié à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation le 16 octobre, insiste sur le fait qu’«il y a très peu aujourd’hui d’exemples de famines qui ne soient liés à un conflit». Si aujourd’hui encore des peuples en meurent massivement, c’est parce que les famines «permettent de susciter l’aide internationale ou de bénéficier d’une reconnaissance politique», insiste ACF. L’association analyse notamment le cas du Soudan, où la majorité de la population n’a plus les moyens d’acheter le sorgho récolté par les agriculteurs nationaux. «Le pouvoir de Khartoum n’hésite pas à utiliser l’arme de la faim pour favoriser l’islamisation», écrit Sylvie Brunel, tandis que «les mouvements armés du Sud savent à merveille orchestrer des famines» pour déclencher l’aide. Comme par hasard, les camps de déplacés «se situent toujours aux alentours du front armé», «ce qui permet aux soldats de l’APLS de bénéficier d’un vivier de nourriture, de médicaments et de recrues potentielles, requinquées par les bons soins des samaritains humanitaires», poursuit le chercheur qui coordonne ce rapport. Les volontaires d’ACF, trop souvent témoins de ces manipulations depuis vingt ans, ont fini par dresser leur propre typologie des famines. Les plus «classiques» n’ont pas disparu: elles sont créées pour éliminer des peuples «gênants» en Birmanie (les minorités périphériques) ou au Soudan (les révoltés du Sud). D’autres stratégies sont «plus nouvelles» et «plus perverses»: «exposer le spectacle terrible d’un peuple en train de mourir de faim (...) pour obtenir gain de cause». Le martyre du peuple irakien L’association expose ainsi le cas de l’Irak, frappé par un embargo international «qui enrichit et conforte les oppresseurs qu’il était censé punir». «Loin de s’employer à soulager le martyre qu’endure son peuple», le gouvernement de Saddam Hussein «contribue volontairement à l’aggraver, en exploitant cet embargo qui constitue pour lui une source miraculeuse de richesses, de popularité comme de stabilité», affirme ACF. Les intervenants d’ACF (médecins, nutritionnistes, agronomes et hydrauliciens) constatent également que des famines ont été «créées de toutes pièces» hier au Liberia et aujourd’hui en Sierra Leone, «où celui qui maîtrise les distributions de riz détient en fait le pouvoir». Enfin, les famines «les plus absurdes résultent de l’incompétence de gouvernements aveuglés par leur idéologie»: communisme en Corée du Nord ou fondamentalisme islamique en Afghanistan, «qui aboutit à priver des milliers de foyers de toute source de revenus simplement parce que le chef de famille en est une femme». Enrayer une famine ne relève pourtant pas du miracle. C’est même «un acte aisé à partir du moment où l’on peut agir», estime l’ACF. Le monde en a les moyens: systèmes d’alerte précoce grâce aux satellites, stocks de nourriture à disposition et savoir-faire des organisations spécialisées qui «récupèrent un enfant affamé en moins d’un mois». Seulement, les trois conditions indispensables sont rarement réunies: «agir à temps, parvenir jusqu’aux victimes de la faim et pouvoir travailler en toute liberté en s’assurant que la nourriture parvient bien à ceux qui en ont besoin». Ce rapport, publié aux Presses universitaires de France, devrait désormais paraître chaque année en octobre. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «La faim est devenue une arme politique. Dans presque tous les conflits du globe, elle est créée artificiellement», affirme l’association humanitaire Action contre la Faim (ACF). L’ouvrage «Géopolitique de la faim», publié à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation le 16 octobre, insiste sur le fait qu’«il y a très peu aujourd’hui d’exemples de famines qui ne soient liés à un conflit». Si aujourd’hui encore des peuples en meurent massivement, c’est parce que les famines «permettent de susciter l’aide internationale ou de bénéficier d’une reconnaissance politique», insiste ACF. L’association analyse notamment le cas du Soudan, où la majorité de la population n’a plus les moyens d’acheter le sorgho récolté par les agriculteurs nationaux. «Le pouvoir de Khartoum n’hésite pas...