La langue française en fête à Limoges… La capitale de la porcelaine a accueilli pour la quinzième année consécutive le «Festival international des francophonies en Limousin» (FIFL). Un foisonnement de cultures; des accents multiples aux couleurs chaudes, et tant et tant d’expériences qui se télescopent… Limoges, fin septembre, c’est le rendez-vous des théâtres francophones sous toutes les formes: mises en scène, lectures, «marché aux paroles»; mais également rencontres avec les artistes et les auteurs. Un kaléidoscope d’œuvres d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie. Un lieu où l’on va de découvertes en découvertes, où la curiosité est constamment sollicitée. Fondé en 1984 par Pierre Debauche et Monique Blin qui en reste la directrice, présidé depuis 1994 par Robert Abirached, le Festival des théâtres francophones a pris pour emblème… le zèbre à quatre têtes. Non point pour sa vélocité. Mais parce qu’il est bicolore, croisé… La mission du FIFL: promouvoir le théâtre contemporain d’expression française. Une douzaine de spectacles chaque année, présentés à Limoges même et dans les salles d’une trentaine de villes du Limousin. «A l’époque de la création du festival, Paris était saturé, explique Monique Blin, et le Limousin, une région plutôt calme du point de vue des manifestations culturelles. Nous sommes venus y apporter un peu de soleil. Je pense qu’on peut dire qu’en quinze ans, le paysage limousin a changé. Notre présence a fertilisé le terrain». Elle affirme que «d’année en année, le public revient. Nous l’avons fidélisé». La programmation du FIFL se veut éclectique. Elle «répond à une volonté de découverte des nouvelles générations, de metteurs en scène et de comédiens ainsi que de nouvelles formes artistiques qu’ils proposent», indique la brochure. Le point commun est évidemment le français. La Maison des auteurs Le FIFL veut également donner à certains créateurs la possibilité de confirmer leur talent. D’où, il y a dix ans, l’idée de fonder la «Maison des auteurs». Soixante-douze écrivains y ont défilé au fil des ans. La période de résidence est de trois mois. Ils sont logés par le festival, à Limoges ou dans les environs, dans des studios ou des maisons qu’ils partagent. Ils bénéficient d’une bourse d’un montant de 10.000 francs par mois. «Les postulants nous envoient un texte afin que nous puissions apprécier la qualité de leur travail», explique la directrice. Ils doivent surtout fournir un synopsis. «Nous soumettons ce projet à un comité de lecture; s’il est sélectionné, nous demandons pour lui une bourse au Centre national du Livre ou à l’Association Beaumarchais; et depuis cette année, au ministère de la Coopération et de la Francophonie et à Radio France Internationale». Loin de chez lui, l’écrivain peut s’isoler, se concentrer sur son travail; il peut aussi rencontrer d’autres auteurs, échanger des idées… Il a également la possibilité d’être confronté au public, puisque des lectures publiques sont organisées tout au long de l’année. «La seule exigence est que le festival doit se situer à un moment de son séjour, qui peut se dérouler en différentes étapes. Nous pensons qu’il est important pour tous les artistes d’être dans ce bouillonnement festivalier». Par ailleurs, l’auteur est tenu de rendre un manuscrit dans l’année qui suit sa résidence. Ainsi, plus d’une cinquantaine d’ouvrages ont été publiés; en majorité des pièces de théâtre. «Les anciens sont toujours les bienvenus, la maison leur reste ouverte», souligne Monique Blin. «Certains reviennent souvent pour une halte qui leur permet de mettre en forme leur texte». Un Libanais en vedette… Pour l’édition 98, c’est l’expression extravertie qui a été mise en valeur. Autrement dit, l’on a particulièrement mis en relief le «théâtre déambulatoire» forme qui prend souvent la rue pour scène. Ou encore tout autre site que le théâtre lui-même. Ainsi, comédiens et écrivains ont investi la toute nouvelle médiathèque, entraînant dans leur sillage le public par petits groupes de quarante, à la découverte de la chose écrite et du sanctuaire qui lui sert d’écrin. Une promenade riche en émotions. Le «Marché aux paroles», forme expérimentée dans d’autres festivals, notamment de rue, va à la rencontre des gens, leur proposant des lectures «à la carte». «Le but étant de sensibiliser le public à la beauté du mot, de l’amener à s’intéresser à nouveau au théâtre et d’aller retrouver à la bibliothèque l’extrait qui lui a plu», souligne Monique Blin. Il y a également les pièces sous chapiteau. Sans oublier la grande tente centrale, place Saint-Etienne, adossée à la cathédrale, «lieu d’échange par excellence, où public, artistes et auteurs se croisent, communiquent». Espace où l’on se retrouve pour casser la croûte et écouter des musiques venues des quatre coins du monde. Parmi les huit pièces présentées cette année, «Littoral», texte et mise en scène de Wajdi Mouawad, Libanais résident au Québec, a suscité aussi bien l’enthousiasme du public que celui des organisateurs du festival. Une découverte? «Pas pour moi», souligne Monique Blin, «mais certainement pour le public. Wajdi a été en résidence chez nous en 1993. Je connais donc la qualité de son travail. «Littoral» est une pièce superbe, dans le texte et dans la mise en scène. Wajdi est un homme très complet du point de vue théâtral. On pouvait voir le public en larme à la sortie»… Pas d’autres Libanais dans cette édition 1998. Un projet de poésie a été reporté à l’année prochaine. Et Monique Blin souligne que «le festival est ouvert à toutes les candidatures libanaises». A vos planches, donc!
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