Les enseignants kenyans s’apprêtent à se remettre en grève, lundi, pour obtenir une augmentation de leurs «salaires de misère», promise par le gouvernement à la veille des élections mais jamais entrée dans les faits. «Nous ne demandons pas de quoi nous acheter une Mercedes, mais juste de quoi mener une vie un petit peu meilleure, pouvoir acheter des chaussures et élever nos enfants», explique un professeur de physique d’un lycée chic du centre de Nairobi, dont la feuille de paie mensuelle n’atteint pas les 200 dollars. Dans la salle des professeurs de l’établissement, la détermination est au rendez-vous, malgré des médiations de dernière minute pour tenter d’éviter la grève, qui menace la tenue des examens nationaux. Enseignants et personnel éducatif ne veulent s’exprimer que sous couvert de l’anonymat, le gouvernement ayant menacé de renvoyer les grévistes. «Le gouvernement nous traite comme des enfants, il nous a fait des promesses et maintenant, il fait comme si cela n’existait pas», lance une enseignante de swahili. Au cœur de la polémique, un accord arraché aux autorités par les 240.000 enseignants à l’automne dernier, après 14 jours de grève, à la veille des élections générales qui ont vu la réélection du président Daniel Arap Moi. Cet accord prévoyait des augmentations de 150 à 200%, étalée en cinq étapes, pour réajuster des salaires distancés par des années d’inflation. La première augmentation est entrée en vigueur à la signature de l’accord mais la deuxième prévue, en juillet, est restée lettre morte, faute d’argent dans les caisses, selon le gouvernement. Des policiers pour la surveillance «200 % d’augmentation, ça paraît énorme mais ça dépend à partir de quoi», explique le professeur de physique. Un enseignant débutant dans le primaire touche 40 dollars par mois, après l’augmentation, son salaire ne s’élèverait qu’à 80 dollars, fait-il remarquer. «Même avec les augmentations, aucun d’entre nous n’aura les moyens d’envoyer ses enfants dans une école comme celle-ci», explique un de ses collègues. «On nous dit que l’Etat n’a pas d’argent, mais l’argent est là, dans les mains de quelques corrompus», ajoute-t-il. Pour éviter que la grève ne perturbe les examens de fin de secondaire, qui doivent avoir lieu en octobre, le gouvernement a annoncé son intention de faire appel à des policiers pour la surveillance. Une mesure qui fait sourire les enseignants et frémir les étudiants. «Comment un policier saura-t-il faire passer un oral de chimie?», se demande un professeur. Quant aux élèves, ils affirment avoir besoin de leurs professeurs pour préparer les épreuves écrites du 21 octobre et craignent des fuites et des tricheries si l’organisation des examens est confiée à la police. «Nous comprenons les revendications des professeurs, qui veulent gagner de quoi vivre décemment, mais nous ne voulons pas que leur grève mette en péril notre avenir», explique, sérieuse, une lycéenne, tandis que tous ses camarades lancent en chœur que, jamais, ils ne voudront devenir enseignants. «Ces élèves ont travaillé très dur, c’est leur dernière ligne droite, j’espère que le gouvernement fera un geste pour empêcher que leurs examens ne soient perturbés», confie une enseignante. Au Kenya, l’Etat prend en charge les salaires des 240.000 à 260.000 professeurs et quelques bourses pour les élèves nécessiteux. Le reste des dépenses — entretien des bâtiments, achats de livres et de matériel, activités diverses — est financé par les parents avec des frais d’inscription qui varient considérablement d’une école à l’autre, même dans le secteur public. Le gouvernement kenyan a lancé un programme de réduction des dépenses publiques, notamment pour répondre aux exigences du Fonds monétaire international (FMI), qui a suspendu son aide il y a plus d’un an.
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