Le général Augusto Pinochet, qui au nom de l’anticommunisme a installé un gouvernement autoritaire en 1973 et l’a dirigé pendant presque 17 ans, fait son entrée aujourd’hui au Sénat, où il siégera aux côtés de ses farouches ennemis. «Le plus grand drame résidera dans le fait que le général vient parler de démocratie après avoir, par la force des armes, fermé le Parlement en 1973», a déclaré le sénateur socialiste Ricardo Nunez, vice-président de la Chambre haute. Le sénateur Nunez avait été emprisonné pendant cinq ans sous le régime du général Pinochet (1973-1990), avant de partir en exil. Il a affirmé qu’avec Pinochet comme sénateur à vie «nous allons faire l’expérience d’une des contradictions politiques et institutionnelles les plus grandes de notre histoire politique: le voir siéger au Sénat, espace institutionnel démocratique qu’il a fermé par la force brutale des armes. Et ceci est une grande contrariété». En revanche, l’amiral Jorge Martinez Busch, ancien commandant en chef des forces navales, aujourd’hui sénateur désigné par le Conseil de sécurité nationale, a avoué toute l’admiration qu’il porte au général de 82 ans. «Personnellement, j’ai une profonde admiration pour le général Pinochet et je vais le dire ici et partout où cela sera nécessaire», a-t-il souligné. Pinochet accède au poste de sénateur à vie en tant qu’ancien président de la nation, ayant exercé le pouvoir pendant plus de six ans, condition requise par la Constitution qu’il a lui-même léguée à la démocratie chilienne restaurée. L’ancien président démocrate-chrétien Patricio Aylwin, qui n’a gouverné que quatre ans, ne peut pas être sénateur à vie. Neuf sénateurs désignés Pinochet sera le sénateur numéro 48. Trente-huit ont été élus démocratiquement (20 membres de la coalition socialiste-démocrate-chrétienne et 18 de l’opposition de droite) et 9 ont été désignés. Parmi ces derniers, quatre ont été désignés par le Conseil de sécurité nationale (créé par Pinochet) comme représentants de l’Armée de terre, des Forces navales, de la Force aérienne et de la police des Carabiniers (militarisée), trois par la Cour suprême et deux par le président de la République. Le sénateur Sergio Bitar, président du Parti pour la démocratie (PPD), qui a lui aussi connu la prison et l’exil, plaide pour la fin des sénateurs désignés, et propose un référendum dans ce sens. «Pour l’avenir du Chili, nous devons en finir avec l’institution des sénateurs désignés et avoir un système démocratique au Sénat». Le socialiste Jaime Naranjo, membre de la commission des droits de l’homme de la Chambre des députés, note que «depuis 1988, Pinochet n’a cessé de se faire un costume sur mesure pour les scénarios qu’il pourrait vivre». Il soutient que «lui et ses conseillers ont dessiné une Constitution en 1980 suivant laquelle, devant n’importe quelle éventualité, Pinochet aurait une autre responsabilité». Selon lui, «à cause de Pinochet, le Parlement dans son ensemble va expérimenter un climat assez agressif, assez défavorable. Cela va se passer très mal ici et (le Parlement) doit en avoir conscience». La majorité des parlementaires n’ont pas oublié que trois de leurs collègues ont rejoint la liste des 1.200 disparus de la répression du régime Pinochet: un communiste, Vicente Atencio Cortes, un socialiste, Carlos Tarapaca, et un radical, Luis Gaston Lobos Barrientos. A ces noms s’ajoute une longue liste de députés et sénateurs qui ont dû s’exiler. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le général Augusto Pinochet, qui au nom de l’anticommunisme a installé un gouvernement autoritaire en 1973 et l’a dirigé pendant presque 17 ans, fait son entrée aujourd’hui au Sénat, où il siégera aux côtés de ses farouches ennemis. «Le plus grand drame résidera dans le fait que le général vient parler de démocratie après avoir, par la force des armes, fermé le Parlement en 1973», a déclaré le sénateur socialiste Ricardo Nunez, vice-président de la Chambre haute. Le sénateur Nunez avait été emprisonné pendant cinq ans sous le régime du général Pinochet (1973-1990), avant de partir en exil. Il a affirmé qu’avec Pinochet comme sénateur à vie «nous allons faire l’expérience d’une des contradictions politiques et institutionnelles les plus grandes de notre histoire politique: le voir siéger au...