Les travaillistes britanniques au pouvoir espèrent une victoire de Gerhard Schröder en Allemagne, susceptible de servir les desseins européens de Tony Blair en donnant à Londres davantage de voix au chapitre dans les affaires de l’UE. Officiellement, le gouvernement s’en tient à la neutralité de rigueur en pareille circonstance. En privé, le Nouveau Labour ne cache pas son souhait de voir le challenger social-démocrate terrasser l’inusable Helmut Kohl dans la course à la chancellerie. Cette aspiration n’est pas seulement liée aux affinités idéologiques des deux partis «frères» ou aux similitudes supposées et largement exagérées entre Gerhard Schröder et Tony Blair. En dépit des poignées de main échangées entre les deux hommes et des sourires face aux caméras, le SPD, à l’instar des autres partis socialistes européens, a jusqu’ici répondu par un fin polie de non recevoir au grand projet de mouvement international de centre-gauche caressé par le premier ministre britannique. «Vendeur de voitures d’occasion» Il y a encore quelques mois, la presse britannique était prompte à peindre le ministre-président de Basse-Saxe en «Blair» allemand, pragmatique forcené, courtisant le monde des affaires et désireux de recentrer à marche forcée son vieux parti. Mais l’effet «Schröder» a fait long feu au Royaume-Uni. Le flou de son programme économique conjugué au rétablissement du chancelier Kohl dans les sondages lui valent des portraits de moins en moins flatteurs dans les journaux. The «Economist», chantre du libéralisme, a comparé son éloquence à celle d’un vendeur de voitures d’occasion en vitupérant contre ses «propos dépourvus de substance, de nouveauté et de courage». La victoire de Schröder, profitable à Blair «S’il réussit, cela ne sera pas la première fois qu’un outsider flairant le pouvoir dans une grande démocratie aura renversé l’homme en place, fatigué par la tâche», écrivait récemment l’hebdomadaire. Sur le plan européen, nombre de Britanniques s’accordent en revanche à penser qu’une victoire de Schröder servirait les intérêts de la Grande-Bretagne, Helmut Kohl étant considéré comme trop attaché à la «relation privilégiée» franco-allemande. «L’élection (de M. Schröder) ferait parvenir une nouvelle génération au pouvoir en Allemagne, un changement qui pourrait être bénéfique à la Grande-Bretagne», estime le quotidien londonien «Evening Standard». Les récents propos du candidat social-démocrate au journal «Le Monde» ne sont pas passés inaperçus. Tout en réaffirmant l’importance du couple franco-allemand, il avait lancé un appel du pied à Londres: «Si cependant l’Angleterre de Blair souhaitait rejoindre le peloton de tête européen, nous serions malvenus de l’en écarter». Un responsable du Nouveau Labour, sous couvert de l’anonymat, décrypte ainsi la pensée de Gerhard Schröder: «Il a dit qu’il devrait y avoir une alliance franco-germano-britannique plutôt qu’un axe franco-allemand, je ne pense pas que M. Blair serait en désaccord avec cela». Une perspective d’autant plus séduisante pour le premier ministre britannique que la Grande-Bretagne s’apprête à vivre des années de relative marginalisation au sein de l’UE, du fait de son refus d’adhérer à la première vague de l’euro. Tous ne partagent pas toutefois les espoirs des travaillistes. «Blair, qui a une très grande ambition, voit dans une victoire de Schröder un moyen de renforcer sa position en Europe», reconnaît Gordon Smith, professeur à la London School of Economics. «Mais nous sommes trop enclins ici à oublier le lien qui unit la France et l’Allemagne. Il est très difficile de danser le tango à trois», ajoute-t-il.(AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les travaillistes britanniques au pouvoir espèrent une victoire de Gerhard Schröder en Allemagne, susceptible de servir les desseins européens de Tony Blair en donnant à Londres davantage de voix au chapitre dans les affaires de l’UE. Officiellement, le gouvernement s’en tient à la neutralité de rigueur en pareille circonstance. En privé, le Nouveau Labour ne cache pas son souhait de voir le challenger social-démocrate terrasser l’inusable Helmut Kohl dans la course à la chancellerie. Cette aspiration n’est pas seulement liée aux affinités idéologiques des deux partis «frères» ou aux similitudes supposées et largement exagérées entre Gerhard Schröder et Tony Blair. En dépit des poignées de main échangées entre les deux hommes et des sourires face aux caméras, le SPD, à l’instar des autres ...