Avec environ 1,6 million de véhicules volés chaque année, l’Europe reste très touchée par un fléau alimenté par les pays de l’ancien bloc communiste, selon des experts réunis à Sofia pour une conférence d’Interpol sur le trafic international de voitures. Nombre de pays ont enregistré récemment une baisse du nombre de vols, mais les filières mises en place par la criminalité organisée restent actives, de l’avis de la plupart des policiers présents. «Les changements politiques de la fin des années 1980 et du début des années 90 ont eu un effet pratiquement direct sur le phénomène», note Raymond Kendall, secrétaire général d’Interpol. «Les gens voulaient des voitures, il n’y en avait pas, il fallait donc les chercher ailleurs». En a suivie une explosion des filières de trafic vers l’Est de l’Europe et des vols de véhicules de moyenne gamme, puis des vols dans les ex-pays communistes eux-mêmes, en majorité des modèles de production locale. Et enfin, plus récemment, une baisse des vols dans les pays d’Europe centrale et de l’Est, où les véhicules sont «plus facilement disponibles» légalement. Témoin de cette tendance, la Bulgarie a connu depuis 1994 une décrue régulière des vols, de 19.000 en 1994 à 9.600 l’an dernier, explique le ministre de l’Intérieur, Bogomil Bonev. «Il s’agit d’une des principales activités du crime organisé», rappelle-t-il cependant. Les pays de l’Union européenne — les plus touchés, avec 1,4 million de vols l’an dernier — enregistrent eux aussi une baisse de près de 20% depuis 1993, selon les estimations de Ruud de Heed, analyste à Europol. L’Allemagne a ainsi enregistré 95.349 vols déclarés en 1997, en baisse de 13,9% sur 1996. Témoignage de la difficulté à mettre à jour les filières organisées, M. de Heed estime qu’il n’y a «pas de preuves irréfutables» d’un «problème est-européen» influant sur ces trafics. Mais nombre de représentants des pays concernés se disent confrontés dans leur pratique quotidienne aux mafias du trafic automobile. Miroslav Kaczmarek, de la police polonaise, relève qu’elles «n’hésitent pas à utiliser la corruption ou la violence» pour faire transiter leur butin par les postes frontières de l’Est. La Bulgarie, elle aussi pays de transit, démantèle régulièrement des filières (trois au premier semestre 1998), parfois hautement spécialisées, comme une récente saisie de 20 limousines volées au Canada. Car malgré la baisse, la tendance globale perdure. Treize des 15 pays ayant signalé le plus de véhicules volés à la nouvelle base de données internationale d’Interpol sont européens, 10 d’Europe centrale ou orientale. L’Allemagne, dont les marques font le bonheur des pays de l’ex-«bloc», caracole en tête avec plus de 330.00 véhicules signalés. La coopération s’est toutefois rapidement développée avec l’Europe ex-communiste, «terra incognita» pour Interpol il y a à peine dix ans, selon les responsables de l’organisation. «Et cette communication doit encore croître», insiste M. Kendall. «Nous voulons démontrer notre intention de faire partie de l’Europe qui est en train de se construire», souligne de son côté M. Bonev, résumant la volonté des voisins orientaux de l’Union européenne de ne plus apparaître comme les «mauvais élèves» du continent. (AFP - Reuters)
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