WASHINGTON — Démocrates et républicains au Congrès américain ont engagé une course de vitesse pour influer sur l’opinion que les Américains se font de l’affaire Lewinsky, un élément clé dans la bataille qui s’annonce sur la destitution du président Bill Clinton. En l’absence de définitions constitutionnelles précises sur ce qui justifie la destitution, l’opinion publique sera en effet déterminante lorsque le Congrès aura à juger le président. La Commission judiciaire de la Chambre des représentants, à majorité républicaine, a donné son feu vert à la diffusion télévisée, à partir de lundi, de l’enregistrement vidéo du témoignage sous serment du président et celui-ci promet d’être particulièrement humiliant. «C’est une décision partisane et injuste», a déclaré un porte-parole de la Maison-Blanche, Barry Toiv. «Au lieu d’agir avec équité, certains républicains veulent précipiter la diffusion de documents salaces, défiant les meilleures traditions de la Chambre des représentants», a encore déclaré M. Toiv. Les républicains ont justifié la nécessité de diffuser ce témoignage par le besoin — pour le Congrès et le pays — de juger sur pièces de la véracité de ses propos, à un moment où les sondages d’opinion indiquent qu’une majorité est prête à lui accorder le bénéfice du doute. Les démocrates affirment que l’objectif des républicains est d’humilier le président, d’affaiblir son soutien auprès de l’opinion publique et de préparer ainsi le terrain à sa destitution. L’autre avantage tactique recherché par les républicains est de marquer des points dans la campagne pour les élections législatives du 3 novembre et de torpiller les chances des alliés du président de reconquérir le Congrès. Sémantique Outre le témoignage de M. Clinton, la commission judiciaire a également donné son aval à la publication lundi de quelque 2.800 pages de documents annexés au rapport du procureur Kenneth Starr. D’autres éléments du dossier seront rendus publics d’ici le 28 septembre. Un premier compte-rendu de la liaison du président et de Monica Lewinsky, ex-stagiaire à la Maison-Blanche, publié il y a une semaine dans le rapport Starr, semble faire mentir M. Clinton. Dans ses dépositions sous serment, il a démenti avoir eu des relations sexuelles avec elle. Pour M. Starr, ces mensonges sont de nature à justifier l’ouverture d’une procédure en destitution. Les avocats de M. Clinton affirment qu’il n’a pas menti, laissant entendre que M. Clinton ne considère pas les fellations comme des «relations sexuelles». Plusieurs démocrates sont montés au créneau, après la décision de publier les documents, dénonçant l’attitude «partisane» des républicains et affirmant qu’elle augure mal des chances d’un jugement équitable du président. «Il devient de plus en plus clair que les républicains n’ont absolument pas l’intention de mener cette enquête en vertu des principes d’équité adoptés dans l’enquête du Watergate», a affirmé Richard Gephardt, leader de la minorité démocrate à la Chambre. Le président républicain Richard Nixon avait été acculé à la démission en 1974, après un vote de la commission judiciaire en faveur de l’ouverture d’une procédure de destitution. Apparemment convaincus que la commission judiciaire s’engage à nouveau sur cette voie, les démocrates ont demandé vendredi l’établissement de définitions précises de ce qui justifie la destitution. La constitution américaine se borne à affirmer que «les actions criminelles et délits» justifient la destitution du président. Jerrold Nadler, un membre démocrate de la commission, a affirmé que «pour que l’opinion publique accepte une destitution, le processus doit être perçu comme juste et impartial.» Et une destitution ne doit intervenir que si elle est «absolument nécessaire», a-t-il ajouté. Pour Zoe Lofgren, démocrate également à la commission, une destitution ne peut être justifiée que par «une conduite tellement grave qu’elle pourrait détruire notre forme constitutionnelle de gouvernement.» En filigrane, les démocrates semblaient vouloir préparer l’opinion publique à l’argument que, dans l’affaire Lewinsky, ce n’est pas le cas.
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