Quelque 300 accidents d’irradiation ayant fait une soixantaine de morts ont été enregistrés à ce jour dans le monde, en dehors des installations nucléaires civiles ou militaire, selon un bilan publié par l’Institut français de protection et de sûreté nucléaire (IPSN). Certes, a relevé le Dr Jean-Claude Nénot, conseiller scientifique à l’IPSN, le bilan de ces accidents, dus à des outils industriels de mesure ou de contrôle et à des appareils médicaux de diagnostic ou de radiothérapie dotés de sources de rayonnement, n’est pas très lourd. Mais, a-t-il ajouté, il reste inquiétant, puisque «le respect de règles simples par du personnel compétent aurait permis d’en éviter la quasi-totalité, ou tout au moins aurait limité la gravité de leurs conséquences». Les victimes connues sont celles qui ont succombé aux conséquences d’irradiations provoquées par des sources industrielles (cobalt-60, iridium-192 et césium-137), soit trente morts entre 1962 et 1994 dans treize pays, et 28 personnes qui sont mortes de 1987 à 1996 à la suite d’erreurs graves commises dans le traitement de malades par le rayonnement (dû au même type de sources, plus un accélérateur linéaire). Ce sont souvent des accidents à l’origine mineurs, comme celui survenu en 1981 à un technicien appelé à charger, à l’hôpital de Saintes (Charente-Maritime), un appareil de téléthérapie. La source de cobalt-60 reste alors coincée dans le barillet de chargement, retombe à terre et est ramassée machinalement par ce technicien, qui avait pourtant 25 ans d’expériences. Résultat: irradiation aux mains de plus de 25 grays de l’opérateur principal et de l’un de ses deux assistants, nécessitant l’amputation des deux mains de chacun de ces intervenants et celle de trois doigts et d’une partie importante de la main du troisième opérateur. Paralysie totale Un appareil médical bien en place mais mal programmé et, de surcroît, mal utilisé est à l’origine d’un autre accident très grave, survenu en 1996 au Costa Rica. Doté d’une source neuve et par conséquent plus puissante, il a été employé pour traiter des tumeurs cancéreuses sans réadapter les doses. Le bilan est lourd: 42 des 115 malades traités sont morts au bout d’un an. Quatre autres patients présentent des «conséquences sanitaires catastrophiques», essentiellement neurologiques (paralysie totale de personnes irradiées au crâne, un enfant transformé en «légume», 16 autres personnes souffrent de troubles modérés, mais qui peuvent s’aggraver. Les accidents ne sont même pas toujours reconnus d’emblée. Ainsi, onze soldats géorgiens ont été irradiés en 1997 par une source de césium137, auparavant utilisée par la protection civile soviétique pour les exercices de détection de radioactivité et qui se trouvait vraisemblablement... au fond de la poche d’un manteau qu’ils se passaient les uns aux autres. «Ce n’est qu’au bout de plusieurs mois que l’origine des troubles, d’abord attribués à une infection cutanée et traités par des antibiotiques, fut établie», a précisé le Dr Patrick Gourmelon, chef du département de protection de la santé de l’homme et de dosimétrie de l’IPSN, qui a néanmoins pu tirer une leçon positive de ce drame. En effet, grâce au traitement, en France, des quatre soldats les plus atteints, les médecins savent désormais que la technique de greffes mise au point pour les victimes de grandes brûlures thermiques, passant par une greffe temporaire de peau artificielle, peut être appliquée avec succès. Plus important encore, a insisté le Dr Gourmelon, est de faire travailler «en réseau» des médecins aux côtés d’experts du nucléaire. (AFP)
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