Le premier groupe automobile allemand Daimler-Benz va demander vendredi à ses actionnaires de bénir ses noces avec l’Américain Chrysler et de consacrer ainsi la plus grosse fusion de l’histoire de l’industrie automobile mondiale. Quelque 16.000 actionnaires vont s’entasser dans la grande salle du hall Hanns-Martin-Schleyer à Stuttgart, siège de la firme à l’étoile. L’assemblée générale extraordinaire doit s’achever vers minuit, heure limite que s’est fixée le groupe, indique-t-on chez Daimler. De l’autre côté de l’Atlantique, les actionnaires de Chrysler se réuniront le même jour pour se prononcer sur le projet. L’aval de l’actionnariat est la dernière étape avant la concrétisation de la fusion, qui doit être bouclée avant la fin de l’année. Les autorités de concurrence européennes comme américaines ont déjà donné leur feu vert. Sauf coup de théâtre, les actionnaires de Daimler-Benz devraient accepter: 80% environ du capital en actions du géant de Stuttgart sont détenus par des investisseurs institutionnels ou de gros porteurs de titres qui soutiennent la fusion. Les petits actionnaires se sont déjà exprimés lors de l’assemblée générale ordinaire fin mai sur le projet — qui doit engendrer le numéro trois mondial de l’automobile avec un chiffre d’affaires de 234 milliards de marks (138 milliards de dollars). Juergen Schrempp, le bouillant patron de Daimler-Benz, a reçu à cette occasion un torrent de louanges à la fois pour avoir redressé le groupe après l’année noire de 1995 et pour les fiançailles avec Chrysler. Le couple a sur le papier tout pour séduire: sa complémentarité aussi bien géographique qu’au plan des véhicules et la promesse de forts gains et dividendes, arguments de poids pour tout actionnaire. Des milliards d’économies Daimler-Benz est fort en Europe dans le secteur des voitures haut de gamme Mercedes et aux Etats-Unis dans les poids lourds avec sa filiale Freightliner et sa nouvelle marque Sterling (anciennement Ford). Chrysler est surtout présent sur le marché américain dans les voitures de masse et celui, très porteur, des tout-terrains et pick-up. M. Schrempp et son homologue chez Chrysler, Robert Eaton, ont promis des économies de coûts chiffrés en milliards et exclu toute fermeture d’usines, affirmant au contraire que la fusion créerait des emplois, car chacun pourra mutuellement augmenter ses exportations en Europe et aux Etats-Unis. Dans son rapport de fusion publié en août, Daimler-Benz avait annoncé un doublement de son bénéfice courant par rapport à 1997 d’ici l’an 2000, qui atteindra 10,2 milliards de marks (6 milliards de dollars). A la même date, Chrysler dégagera un gain de 10,4 milliards de marks (6,15 milliards de dollars). Si la liste des avantages est longue, les difficultés ne sont pas absentes de cette énorme opération transatlantique. La crainte d’une «américanisation» de Daimler-Benz s’était déjà exprimée lors de la dernière assemblée générale. Les cultures d’entreprises sont différentes, notamment en matière d’emploi. Chrysler réalise quasiment le même bénéfice que Daimler avec le tiers des effectifs du groupe allemand. Autre aspect, et non des moindres: M. Eaton gagne chaque année quelque 20 millions de marks (11,8 millions de dollars), stock-options comprises, alors que le salaire de M. Schrempp est évalué à 3 millions de marks (1,77 million de dollars). M. Eaton s’est récemment déclaré en faveur d’une égalisation des salaires au niveau des directoires. (AFP)
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