Israël s’est officiellement indigné de l’hostilité affichée par les médias égyptiens envers les juifs en choisissant pour cela une date très symbolique: celle du vingtième anniversaire de la signature des accords de Camp David par les deux voisins. «Malgré deux décennies de paix, les sentiments antisémites se répandent dans les médias officiels égyptiens», regrette un rapport publié par le gouvernement israélien. Vingt ans après leur douloureuse gestation, les accords de Camp David restent controversés aux yeux des Arabes comme des Israéliens. Il avait fallu douze jours d’intenses négociations entre le président américain Jimmy Carter et les dirigeants égyptien et israélien pour parvenir, le 17 septembre 1978, à la signature des premiers accords entre l’Etat hébreu et l’un de ses ennemis arabes — le traité de paix formel a été signé en 1979. Des accords synonymes de trahison pour de nombreux Arabes, y compris en Egypte, qui les voyaient comme un triomphe israélien, confirmant la place prépondérante occupée par les Etats-Unis au Proche-Orient. «J’étais étudiant aux Etats-Unis à l’époque», se souvient un diplomate arabe en poste dans la capitale égyptienne. «J’ai vu (le président Anouar) Sadate à la télévision (et) j’ai pleuré devant la valeur symbolique (des accords) et le sentiment de trahison». Vus de Jérusalem, en revanche, les accords étaient porteurs d’espoir, celui d’une paix durable avec l’Egypte — après trente ans de tensions et quatre guerres —, qui conduirait les autres pays arabes à accepter à leur tour l’existence même de l’Etat hébreu. «Camp David a suscité un espoir considérable. C’était la première fois qu’Israéliens et Arabes faisaient un pas sur le chemin de la paix», rappelle l’ambassadeur d’Israël en Egypte, Zvi Mazaël. «Tous ces espoirs n’ont pas été comblés, mais nous sommes en paix avec l’Egypte depuis vingt ans et le processus de guerre au Proche-Orient s’est interrompu». «Un modèle pour le P.-O.» C’est grâce aux efforts américains qu’Israël a pu signer le premier accord de paix bilatéral avec le plus puissant de ses adversaires arabes. Sadate l’a payé de sa vie en tombant sous les balles d’un commando islamiste pendant une parade militaire au Caire, en 1981. Mais son successeur, Hosni Moubarak, a respecté le traité, qui a permis à l’Egypte de récupérer, en 1981, la péninsule du Sinaï, que les Israéliens occupaient depuis la guerre des Six jours (1967). Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Amr Moussa, très critique envers la politique actuelle du gouvernement de Benjamin Netanyahu, n’en pense pas moins que les accords de Camp David ont profité à la cause arabe et palestinienne. «Ils ont permis d’ouvrir la voix à un processus de paix actif et au retrait des Israéliens du territoire égyptien», souligne-t-il. «C’était une percée capitale, puisqu’Israël acceptait pour la première fois le principe du ‘territoire contre paix’. Cela a fourni un modèle pour toute résolution des conflits entre Israël et le Liban, la Syrie et, bien sûr, les Palestiniens», fait valoir le chef de la diplomatie égyptienne. «Paix froide» Son point de vue est cependant de plus en plus marginal dans les pays arabes, qui ne se font plus guère d’illusions sur la volonté réelle d’Israël de parvenir à une paix «juste et équitable». L’Egypte avait déjà, à l’époque, subi les foudres de ses alliés, qui l’avaient notamment exclue de la Ligue arabe. L’un des deux accords signés à Camp David aurait pourtant pu changer le cours de l’histoire récente, puisqu’il prévoyait la mise en place d’une zone autonome palestinienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, puis des négociations sur un statut final après une période d’intérim. Mais il n’a jamais été appliqué, Menahem Begin annonçant dès son retour à Jérusalem qu’il n’était pas question d’envisager la création d’un Etat palestinien indépendant. «En neutralisant l’Egypte, Israël a placé les autres pays arabes à sa merci», juge Walid Kazziha, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire. «Si l’Egypte était restée dans le camp arabe, les Israéliens auraient réfléchi à deux fois avant d’envahir le Liban en 1982, de bombarder le réacteur nucléaire irakien en 1981 et de mettre les Palestiniens sous pression, comme ils le font actuellement», souligne-t-il. «Il ne peut y avoir de guerre (israélo-arabe) sans l’Egypte. Plus précisément, il ne peut y avoir d’équilibre des pouvoirs (au Proche-Orient) sans l’Egypte». «Camp David n’a pas seulement affecté le rapport de force militaire, qui est très largement en faveur d’Israël, il a plongé les Arabes dans une humeur pessimiste et défaitiste», conclut Kazziha. Ce sentiment d’impuissance face au blocage du processus de paix par Benjamin Netanyahu a renforcé l’exaspération des Arabes, à tel point que ceux-ci ne font plus toujours la distinction entre juif et sioniste. Parmi les documents égyptiens dénoncés par Israël figurent ainsi des représentations de Netanyahu en costume nazi et des articles véhiculant les pensées antisémistes ou niant l’existence de l’Holocauste. Pour certains Israéliens, ces caricatures démontrent la fragilité de la paix avec l’Egypte. «Les accords de Camp David ont permis d’instaurer une paix froide, qui est aujourd’hui devenue une guerre froide, entre Israël et l’Egypte. C’était une avancée qui s’est transformée en blocage», commentait cette semaine Ehud Yaari, spécialiste de la politique au Proche-Orient à la télévision israélienne. «Israël et l’Egypte ont en fait deux stratégies différentes, basées sur l’endiguement. L’Etat d’Israël essaie de repousser les menaces contre son existence en faisant la paix avec ses voisins, tandis que les Egyptiens, et de plus en plus de pays arabes, utilisent le processus de paix pour rogner le territoire israélien». «Tant que cette contradiction ne sera pas résolue, nous n’aurons jamais rien d’autre que des fluctuations entre le statut de paix et de guerre froide», concluait M. Yaari. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Israël s’est officiellement indigné de l’hostilité affichée par les médias égyptiens envers les juifs en choisissant pour cela une date très symbolique: celle du vingtième anniversaire de la signature des accords de Camp David par les deux voisins. «Malgré deux décennies de paix, les sentiments antisémites se répandent dans les médias officiels égyptiens», regrette un rapport publié par le gouvernement israélien. Vingt ans après leur douloureuse gestation, les accords de Camp David restent controversés aux yeux des Arabes comme des Israéliens. Il avait fallu douze jours d’intenses négociations entre le président américain Jimmy Carter et les dirigeants égyptien et israélien pour parvenir, le 17 septembre 1978, à la signature des premiers accords entre l’Etat hébreu et l’un de ses ennemis arabes...