Nelli, la nouvelle russe, ruinée mais pas désespérée
le 16 septembre 1998 à 00h00
«Nous avons perdu de l’argent, et alors!». Sa société tourne au ralenti, son salaire a été divisé par deux, elle a dû renoncer à s’acheter une quatrième voiture, mais Nelli Tchernenko, «nouvelle Russe» de Saratov, veut encore croire en l’avenir radieux. Nelli Tchernenko, copropriétaire d’une société financière, fait partie de l’élite fortunée de Saratov (Volga), avec son 120 mètres carrés super- équipé, sont petit palais à la campagne et son salaire en dollars à trois zéros. Depuis près de quatre semaines que dure la crise financière dans le pays, Mme Tchernenko vit les angoisses croisées de la nouvelle Russie avec un compte en banque bloqué et la faillite à l’horizon, et celles de l’Union Soviétique avec des files d’attente dans la rue. Député indépendante au Conseil municipal, elle dresse un tableau lucide et noir sur le vide du pouvoir — la Douma, Chambre basse du Parlement dominée par les communistes, a à deux reprises refusé d’investir Viktor Tchernomyrdine premier ministre —, et ses conséquences pour la province qui dépend entièrement du cours du rouble par rapport au dollar. Depuis la dévaluation de la monnaie russe le 17 août et sa chute sans fin, «toutes les activités sont suspendues, l’argent ne circule plus. Aujourd’hui, on ne peut prendre aucune décision, on ne peut rien prévoir ni de la part du pouvoir, ni des milieux financiers, on ne sait rien. Pas une seule fois le président Boris Eltsine n’est apparu à la télévision pour expliquer, pour rassurer». «Et cela fait près de trois semaines que nous sommes sans gouvernement! Le président et la Douma jouent. Pendant ce temps, nous on attend, retenus à un fil sur le bord d’un précipice. Rien n’est garanti: quelles lois vont-ils adopter, vont-ils contenir les prix ou entraîner une super-inflation, que doit-on faire?», s’interroge Mme Tchernenko, poussée à l’attentisme par les événements malgré son tempérament énergique. Si elle ne se fait aucune illusion sur le prochain gouvernement — «personne n’a de programme» —, ni ne pense même à retirer son argent, cette ancienne partisane du PC soviétique reconvertie à l’économie de marché refuse de céder à la panique comme les nombreux Russes qui ont dévalisé les magasins. «Si tu es calme, tu as seulement perdu ton argent. Si tu t’énerves, tu perds aussi la santé. Je ne vais pas m’arracher les cheveux et pleurer», lance cette femme de 42 ans coiffée d’une choucroute teintée d’un orange étrange. «J’ai pris des habitudes de femme occidentale et je ne veux pas les perdre». Quand elle évoque le temps où elle tricotait des pulls pour son mari, juste après la chute de l’URSS en 1991, son visage se teinte d’une nostalgie affectueuse. Quelques secondes seulement. L’idée de revenir à ce niveau social et de perdre les avantages acquis depuis semble ne même pas effleurer son esprit. (AFP)
«Nous avons perdu de l’argent, et alors!». Sa société tourne au ralenti, son salaire a été divisé par deux, elle a dû renoncer à s’acheter une quatrième voiture, mais Nelli Tchernenko, «nouvelle Russe» de Saratov, veut encore croire en l’avenir radieux. Nelli Tchernenko, copropriétaire d’une société financière, fait partie de l’élite fortunée de Saratov (Volga), avec son 120 mètres carrés super- équipé, sont petit palais à la campagne et son salaire en dollars à trois zéros. Depuis près de quatre semaines que dure la crise financière dans le pays, Mme Tchernenko vit les angoisses croisées de la nouvelle Russie avec un compte en banque bloqué et la faillite à l’horizon, et celles de l’Union Soviétique avec des files d’attente dans la rue. Député indépendante au Conseil municipal, elle...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
Restez informés pour seulement 10 $/mois au lieu de 21.5 $, pendant 1 an.
Abonnez-vous pour 1$ et accédez à une information indépendante.
Dans votre abonnement numérique : la version PDF du quotidien L’Orient-Le Jour, des newsletters réservées aux abonnés ainsi qu'un accès illimité à 3 médias en ligne : L’Orient-Le Jour, L’Orient Today et L’Orient Littéraire.