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Actualités - Reportage

Des dictionnaires qui parlent d'or (photo)

Depuis sa création, en 1905, le Petit Larousse est millésimé et, pour en présenter l’édition 1999, la dernière du siècle, parue avec son habituelle ponctualité pour la rentrée des classes, Bertrand Eveno, PDG de Larousse-Bordas, a choisi de faire de façon badine le tour des Petit Poucet, petit beurre et autre petit bateau qui, pour être minorés par la même épithète, n’en règnent pas moins dans tous les cœurs. Last but not least — L’expression figure, parmi bien d’autres venues de partout, dans ses fameuses pages roses — le Petit Larousse clôturait l’énumération et, en ce qui le concerne, les chiffres sont éloquents: présent dans 80% des foyers français, il bénéficie d’un taux de notoriété de 99%. Le ou la ministre? L’an dernier avait eu lieu la refonte périodique qui le transforme en énorme chantier et le chamboule de façon assez conséquente une fois par décennie. Cette année, c’est la «routine» de la remise à jour — 500 pages modifiées sur les 1784 qu’il compte — menée selon les sacro-saintes méthodes de la maison dont l’équipe éditoriale de lexicographes, linguistes et encyclopédistes — auxquels s’agrègent iconographes, cartographes et dessinateurs — fonctionne à la façon d’un observatoire. Journaux, discours politiques, textes littéraires, slogans publicitaires... sont systématiquement dépouillés et passés au crible. Il ne s’agit pas de faire droit sans discernement à la nouveauté mais de prendre en considération la fréquence des occurrences, de s’incliner quand il le faut devant l’usage qui a toujours fini par dicter sa loi. Cela ne va pas toujours sans contestation de la part des puristes, des traditionalistes ou de ceux que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de réactionnaires. Déjà à l’époque de Du Bellay et de la Pléiade, la néologie alimentait la discussion. Depuis quelques mois, c’est la féminisation des noms de métiers et de fonctions qui divise les Français. Le Petit Larousse accueille aujourd’hui «députée» mais, circonspect, préfère préciser que l’on continue de dire, au féminin, Madame le ministre dans le langage administratif. Plus déterminé, le Petit Robert, sorti simultanément, signale que «le féminin la ministre, grammaticalement correct, commence à être employé.» Il comble ainsi les vœux de Catherine Trautmann dont le papier à lettre porte en en-tête «La ministre». Mots nouveaux La Bruyère le remarquait déjà en son temps: «Que de mots aventuriers, qui apparaissent subitement, durent un temps et que bientôt l’on ne revoit plus!». Le Petit Larousse a toujours fait une place aux mots du terroir comme aux mots savants et à ceux venus d’ailleurs. L’an dernier, des termes nouveaux, drôles et colorés, forgés hors de l’Hexagone, dans les pays qui ont en partage la langue française et s’estiment autorisés à prendre quelques libertés avec elle, y étaient entrés en force. Ils ne sont que deux cette fois, dont un d’origine arabe, taliban, voulu par l’actualité. Parmi les entrées nouvelles, on trouve chouiner — sorte de version auvergnate de couiner —, improbable dans le sens de surprenant, zen dans celui — adjectival — de serein, ou encore incivilité — du latin incivilitas — qu’on s’étonne un peu de découvrir pour la première fois alors que, pour le Petit Robert, il est attesté depuis 1566. Suivez-moi-jeune-homme D’autres néologismes figurent dans le Dictionnaire Hachette encyclopédique, un sérieux concurrent car il est vendu 99 fr seulement: ainsi de démariage qui ne veut pas dire autre chose que divorce ou du très branché frappadingue pour complètement fou. Pour l’équipe particulièrement rigoureuse du Petit Robert, sur 250 candidats à la néologie qui sont jaugés et débattus, seuls 50 sont en fin de compte retenus. Cette fois, par exemple, les expressions pile poil et il n’y a pas photo, qui sont vraiment dans l’air du temps. En outre, tout est comptabilisé de façon si précise dans ce dictionnaire que, pour ne pas augmenter le nombre de pages, un mot qui y fait son entrée peut en chasser un autre, tombé en désuétude. Suivez-moi-jeune-homme, expression désignant les pans d’un ruban de chapeau de femme qui flotte sur la nuque, vient justement d’en être retirée, alors qu’elle tenait le coup, dans le langage et aux devantures des modistes, depuis 1866. Tous ceux — plus nombreux qu’on ne pense — qui lisent les dictionnaires comme des romans, ou pour être incollables lors d’émissions comme «Les grosses têtes», ne s’en consoleront pas si aisément.
Depuis sa création, en 1905, le Petit Larousse est millésimé et, pour en présenter l’édition 1999, la dernière du siècle, parue avec son habituelle ponctualité pour la rentrée des classes, Bertrand Eveno, PDG de Larousse-Bordas, a choisi de faire de façon badine le tour des Petit Poucet, petit beurre et autre petit bateau qui, pour être minorés par la même épithète, n’en règnent pas moins dans tous les cœurs. Last but not least — L’expression figure, parmi bien d’autres venues de partout, dans ses fameuses pages roses — le Petit Larousse clôturait l’énumération et, en ce qui le concerne, les chiffres sont éloquents: présent dans 80% des foyers français, il bénéficie d’un taux de notoriété de 99%. Le ou la ministre? L’an dernier avait eu lieu la refonte périodique qui le transforme en...