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Actualités - Reportage

La vérité sur l'eau (photos)

La plupart des marques d’eau installées sur le marché libanais, et elles ne sont pas plus d’une dizaine, ont dû entreprendre une véritable course d’obstacles pour créer leur entreprise. Des études géologiques, physico-chimiques et bactériologiques sont nécessaires pour s’assurer que l’eau qu’on se propose d’embouteiller est bien propre à la consommation: une étape longue de plusieurs années qui ne met pas fin, cependant, à toutes les difficultés. Surgit alors le problème du coût des installations; un investissement de plusieurs millions de dollars est nécessaire pour construire une usine d’embouteillage qui livre l’eau dans le respect de l’hygiène et de la santé. De plus, l’exploitation quotidienne n’est pas de tout repos, les usines sont soumises à des contraintes imposées par les autorités responsables qui contrôlent régulièrement la production. Les investissements se poursuivent: prospection pour trouver de nouvelles sources d’eau, amélioration des contrôles internes... La récente introduction sur le marché de la bouteille écologique en P.E.T. qui va remplacer progressivement le P.V.C., oblige actuellement tous ces industriels à prévoir des investissements supplémentaires pour l’installation de nouvelles chaînes de fabrication et d’embouteillage. Toutes ces dépenses sont prévues pour garantir une consommation sans danger. Il est par conséquent logique, vu les importants investissements encourus, que le prix de l’eau embouteillée soit aussi cher. Si l’eau jaillit à la source sans intervention humaine, son conditionnement nécessite des efforts financiers notoires. La bouteille, qui peut paraître comme un vulgaire contenant, est en fait une garantie de sécurité. En l’achetant, vous êtes sûr de l’origine de votre eau, de sa composition organique et, par conséquent, de ses qualités. Piratage et illégalité: attention, danger! Avec l’irruption du phénomène de la livraison à domicile d’eau en gallons, certains ont découvert la poule aux œufs d’or. En quelques mois, plus d’une centaine de sociétés ont été créées dans le but de se livrer à ce commerce lucratif. Si seules quelques-unes ont obtenu une autorisation et livrent une eau achetée à une marque d’eau embouteillée reconnue et d’origine contrôlée, qu’en est-il des autres? Le flou le plus total entoure leurs activités. Il leur suffit de disposer d’un capital minimum (50.000$ à 100.000$) et l’affaire peut démarrer: on loue un local dans une arrière-cour, on achète un stock de gallons et quelques véhicules de livraison et le tour est joué. Si certains font l’effort d’investir pour s’équiper de façon à nettoyer par ozonisation ou au moyen de rayons ultra-violets les gallons récupérés chez le client, beaucoup se contentent de rincer les récipients avant de les remplir à nouveau. Tous vous affirmeront que leur eau est minérale et naturelle et commettront ainsi une infraction caractérisée en violant le décret législatif 108 du 10/11/1983: un décret qui réglemente dans le détail l’exploitation de l’eau vendue dans des contenants. Dans son article premier, ce texte précise que toute personne désirant se livrer au commerce de l’eau doit se procurer une autorisation du ministère de la Santé publique. Cette autorisation sera attribuée sur la base de critères bien définis, et rares sont ceux qui peuvent s’y conformer. L’objectif est de garantir une eau sans bactéries, sans mauvais goût ou mauvaise odeur, et de fixer les proportions autorisées de certains composants organiques de cette eau. D’où l’intérêt et la nécessité d’une étiquette sur une bouteille. Quelle eau choisir? Comment la reconnaître? Avant d’acheter votre eau, il faudra vous assurer de sa composition. Chaque eau minérale naturelle véritable possède des qualités intrinsèques qui procurent un bienfait correspondant à un besoin déterminé de l’organisme. C’est ce que le législateur a précisé dans l’article 3 du décret 108 qui a fixé les appellations officielles de l’eau. Eau naturelle: eau souterraine potable qui jaillit naturellement à la surface, ou artificiellement. Tout traitement de cette eau est prohibé. Eau minérale naturelle: eau potable répondant aux conditions fixées précédemment, et qui possède des particularités qui lui attribuent des qualités médicales basées sur des analyses scientifiques. Eau minérale gazeuse naturelle: c’est une eau minérale naturelle contenant un gaz naturel. Eau minérale naturelle gazifiée: c’est une eau minérale naturelle à laquelle on a rajouté du CO2. Eau de boisson ou eau de table: c’est une eau potable répondant aux conditions de l’article 2: sans bactéries, sans goût ou odeurs. Sa stérilisation selon des procédés physiques ou chimiques est autorisée. Rafraîchissement: eau potable comme précédemment, à laquelle on a additionné certains produits naturels ou chimiques pour la colorer ou la conserver. L’eau est donc loin d’être la même partout. Le consommateur doit comprendre qu’une eau de table ou de source n’est pas forcément mauvaise. Bien au contraire, c’est une eau qui a subi un traitement complexe pour la rendre potable. Mais elle ne peut en aucun cas prétendre à l’appellation minérale, promettant ainsi des bienfaits qu’elle ne peut procurer. Là réside toute la nuance. Certaines eaux, après avoir subi un traitement, peuvent être reminéralisées et, dans ce cas, elles doivent être appelées eaux de source. En Europe et aux Etats-Unis, les eaux de source et les «drinking waters» sont aux mêmes rayons que les plus grandes marques d’eaux minérales. Elles se vendent très bien et à un prix moindre, pour la satisfaction de tous. Les autorités publiques libanaises sont donc appelées, malgré leurs moyens limités, à remettre de l’ordre dans ce secteur. D’abord pour protéger le consommateur qui paie cher une eau prétendument minérale et qui souvent ne l’est pas. Un contrôle plus sérieux doit être entrepris pour déterminer l’origine de certaines eaux vendues en gallons et dont l’origine est inconnue. Il est évident que, mis à part certaines sociétés s’approvisionnant auprès des grandes marques, beaucoup d’autres livrent des gallons «anonymes» ou piratent en toute illégalité le label d’une marque autorisée pour servir une eau douteuse. Mais il n’y a pas que la santé qui est en jeu; l’économie s’en ressent aussi. Des investissements importants sont mis à mal par quelques aventuriers. D’autant que les grandes firmes s’acquittent de leurs obligations et paient régulièrement une taxe conséquente sur leur production de bouteilles: une taxe de plus de 7%, alors que les boissons gazeuses payent à peine 2,5%, les jus de fruit pas plus que 3%. L’État libanais qui a fait passer le prix du mètre cube d’eau fournie aux citoyens de 75.000LL. à 300.000LL., interdit aux industries de l’eau d’augmenter leur prix et ce, depuis 1995. Or, l’eau est un produit coûteux et les bénéfices qu’on en tire sont faibles. De plus, son stockage exige des espaces volumineux, et son transport pèse lourd. Le problème de l’exportation Il existe une particularité du système fiscal libanais: l’exportateur d’eau libanais ne peut obtenir le remboursement de la taxe sur la consommation qu’à deux conditions: - une déclaration douanière de sortie, ce qui est normal - un certificat du pays importateur assurant que cette eau a été réellement livrée. Cette mesure était justifiée à une époque où fleurissaient les ports illégaux. L’administration fiscale ne voulait pas courir le risque de remboursements indus sur la base de certificats douaniers de complaisance. Mais aujourd’hui que la situation s’est rétablie, rien ne justifie plus une telle mesure qui, en fin de compte, se retourne contre l’exportateur. Elle l’oblige à mobiliser des sommes importantes qui seraient mieux utilisées à défendre et améliorer la qualité de son produit et sa distribution. Cela d’autant plus que les pays arabes, grands consommateurs de bouteilles minérales, se sont tournés vers d’autres sources. Sur les 100 millions de bouteilles produites chaque année au Liban, moins de 10% partent pour l’étranger. Au Golfe, les usines de dessalement tournent à plein régime. Des forages récents ont permis d’atteindre des réserves souterraines d’eau. Aujourd’hui, des marques originaires de ces pays concurrencent l’eau libanaise, d’une qualité pourtant supérieure. Or les eaux d’Arabie Saoudite par exemple, sont peu taxées et fortement subventionnées, ce qui rend leur prix attractif. Les autorités devraient donc se préoccuper sérieusement d’un problème qui est plus complexe qu’il n’y paraît. Tout le monde y trouvera son compte: le consommateur, l’industriel, les commerçants et les caisses de l’Etat.
La plupart des marques d’eau installées sur le marché libanais, et elles ne sont pas plus d’une dizaine, ont dû entreprendre une véritable course d’obstacles pour créer leur entreprise. Des études géologiques, physico-chimiques et bactériologiques sont nécessaires pour s’assurer que l’eau qu’on se propose d’embouteiller est bien propre à la consommation: une étape longue de plusieurs années qui ne met pas fin, cependant, à toutes les difficultés. Surgit alors le problème du coût des installations; un investissement de plusieurs millions de dollars est nécessaire pour construire une usine d’embouteillage qui livre l’eau dans le respect de l’hygiène et de la santé. De plus, l’exploitation quotidienne n’est pas de tout repos, les usines sont soumises à des contraintes imposées par les autorités...