La crise financière russe telle qu’on en mesure aujourd’hui les implications ne devrait avoir qu’un impact assez limité sur l’économie française en 1998 et 1999, de l’ordre de 0,2 à 0,3 point de PIB, selon les économistes interrogés par Reuters. Après une hausse prévue de 3,0% cette année, le produit intérieur brut français conserverait une croissance moyenne d’environ 2,5% l’an prochain. Ainsi, alors que le consensus de place anticipait jusqu’ici son augmentation aux environs de 2,7% en 1999 (le gouvernement table sur environ 2,8%), la crise russe devrait ralentir le mouvement de 0,2 à 0,3 point, estime Philippe Brossard, économiste à ABN Amro. «La Russie a une taille économique qui ne représente rien au plan mondial. Mais c’est l’étincelle qui fait exploser un mélange gazeux. Et face au risque de contagion, pour que les petits ruisseaux ne fassent pas de grandes rivières, tout va maintenant dépendre du leadership politique et des réponses monétaires et budgétaires que vont apporter les grands pays», affirme Eric Barthalon, économiste à Paribas. «Si leurs politiques visent à soutenir la demande, la situation restera probablement sous contrôle; sinon, on va aller dans une zone de turbulence assez forte», assure-t-il. Dans cette dernière hypothèse, l’impact serait néanmoins plus lourd pour les Etats-Unis, frappés par l’endettement et par les déficits extérieurs, que pour l’Europe. «L’Europe a trois atouts en main: d’une part, elle est faiblement exposée dans la région, d’autre part, la situation financière s’y est assainie avec un désendettement des ménages et des entreprises depuis dix ans et enfin c’est ici que la situation apparaît la moins risquée avec un poids des actifs financiers dans les patrimoines moins important qu’outre Atlantique», souligne Eric Barthalon. De son côté, Roch Héraud, économiste au Crédit Agricole, a corrigé ses prévisions antérieures en tenant compte d’une part, d’un effet récessif généré par une moindre demande mondiale adressée à la France et, d’autre part, de l’effet porteur d’une nouvelle baisse des prix du pétrole et des matières premières. «D’un côté, nous faisons l’hypothèse que cette crise va réduire de 8% la demande mondiale adressée à la France. Nos exportations s’en trouveraient alors ralenties de 1%, nos investissement de 0,8% et la baisse du chômage se modérerait. Cet aspect récessif nous coûterait au total 0,3 point de PIB. «Mais d’un autre côté, dans le cas de la Russie, il est tout à fait possible que ce gros producteur de matières premières en arrive à brader sa production le plus vite possible par besoin de devises. Ainsi, nous prévoyons une nouvelle chute de 30% du pétrole à 8 ou 9 dollars le baril fin 1999, tandis que le prix des matières premières baisserait de 10%. Avec cette baisse des prix, les investissement s’en trouveraient dopés, tandis que la consommation des ménages tirerait parti d’une inflation ramenée en France de 1,4% à 0,6% l’an prochain». Au total, le Crédit Agricole s’attend pour 1999 à une hausse de 2,4% du PIB français après 3,0% en 1998. Régis Platel (Natexis) est un peu plus optimiste lorsqu’il anticipe une croissance de 2,7% pour l’an prochain, mais il tient compte pareillement d’un impact russe négatif d’environ 0,3 point. Révisions à peu près comparables au Crédit Lyonnais qui a ramené ses prévisions 1999 de +2,7% à +2,5%, tandis que le CCF a abaissé les siennes de 2,8% à 2,5% également. Pour Emmanuel Ferry, économiste au Crédit commercial de France, «l’impact sur l’économie française paraît devoir être mineur. L’inflexion au niveau du commerce international pourrait impacter le PIB de 0,3 point. C’est très très modeste». En fait, comme le souligne Philippe Brossard, les événements russes sont «le catalyseur de la crise» et nombre d’économistes prennent ce prétexte pour corriger sans tarder des prévisions qui sont appelées à être démenties si les turbulences en Asie et dans certains pays d’Amérique latine prennent de l’ampleur. En fin de compte, bien plus que la France, c’est la croissance mondiale que cette dégradation risque d’entamer en 1999. Selon Patrick Mange, économiste à Deutsche Bank, elle devrait perdre deux points en deux ans: «Le PIB mondial n’augmenterait plus que de 2,7% en 1999 au lieu des 3,7% prévus jusqu’ici. Et dans la zone euro, la croissance variera de 2,2% à 3% selon que la crise russe sera ou non contenue», estime-t-il. Finalement, par son ampleur, notamment sur les marchés financiers, l’onde de choc des turbulences russes remet au grand jour la crise de nombreux pays émergents qui vient se conjuguer à la récession japonaise et au ralentissement anglo-saxon. La France et l’Euroland paraissent pour l’heure moins exposés que d’autres. A condition d’éviter toute contagion, en particulier à l’Europe de l’Est dont certains pays frappent déjà à la porte du marché unique. (Reuters)
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