Alfred Hauser, ancien travailleur forcé de l’équipementier automobile Robert Bosch à l’époque nazie, qui attend depuis 53 ans d’être dédommagé, a repris espoir après le récent dépôt de deux plaintes aux Etats-Unis contre une pléiade de firmes allemandes. Certes, Bosch ne fait pas partie des entreprises attaquées en justice, mais M. Hauser, 86 ans, espère que la plainte servira d’exemple pour toutes les autres firmes allemandes qui, sous le nazisme, ont réduit au total entre 7 et 8 millions de personnes en esclavage. Responsable d’un groupe des Jeunesses communistes, Alfred Hauser avait été arrêté pour faits de résistance par la Gestapo en 1934 à Chemnitz (Est) et condamné à 15 ans de réclusion à Ludwigsburg, près de Stuttgart (Sud-Ouest). Au printemps 1938, tous les métallos de métier de sa prison sont «loués» à Bosch, se rappelle-t-il. Avec 40 autres détenus, il doit alors produire des pièces de dynamos. «Un travail difficile», commente-t-il: «Quiconque faisait trop d’erreurs était aussitôt accusé de sabotage». Pour huit heures de travail pénible, il recevait 40 pfennigs. «Nous savions grâce aux contremaîtres qui nous surveillaient que, pour le même emploi, on gagnait 20 marks dans l’usine voisine de Feuerbach», raconte-t-il. De la soupe à l’eau et des navets Deux ans avant la fin de la guerre, Alfred Hauser est envoyé à Celle (Nord). Il produit toujours des dynamos chez Bosch, mais au lieu de 8 heures de travail par jour il en fait 12, une partie pendant la nuit. «A force de nous tenir debout, nous avions de l’eau dans les jambes, se souvient-il. Pour que l’eau n’atteigne pas le cœur, mes collègues et moi nous nous coupions les jambes avec des lames de rasoir». Pour toute nourriture, les travailleurs forcés devaient se contenter de soupe à l’eau et de navets: beaucoup d’entre eux mouraient de faim. «Chaque matin, nous voyions des cercueils quitter l’hôpital militaire», raconte-t-il. Alfred Hauser garde un souvenir amer des gardiens de prison, qui interdisaient toutes conversations pendant le travail. En revanche, les contremaîtres de Bosch étaient des «gens biens». Après la fin de la guerre, il a réclamé à Bosch le paiement de la différence de son salaire de travailleur forcé avec celui d’un employé ordinaire. «La firme Bosch a froidement refusé», indique-t-il. La direction de l’entreprise s’est justifiée en disant que c’était l’Etat allemand qui lui avait livré ces prisonniers et que c’était donc le seul responsable. «J’étais abasourdi par cette naïveté», commente M. Hauser. «C’étaient tout simplement des prétextes», ajoute-t-il. Employeur de 20.000 personnes pendant la guerre, dont un quart de travailleurs forcés, Bosch s’est en effet toujours retranché derrière la responsabilité de l’Etat. Les prisonniers étaient sous la responsabilité de la puissance publique, dont il fallait suivre les consignes, indique la firme. Témoin de procès perdus par d’autres travailleurs forcés, Alfred Hauser a renoncé à réclamer justice. Jusqu’en 1986, où dans une résolution du Parlement européen, des dommages étaient exigés des firmes ayant employé des travailleurs forcés. Mais, là encore, il n’a rien reçu. «Le temps d’un règlement presse, remarque-t-il, car la plupart d’entre nous sont morts. Maintenant, nous allons voir comment les firmes réagissent». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Alfred Hauser, ancien travailleur forcé de l’équipementier automobile Robert Bosch à l’époque nazie, qui attend depuis 53 ans d’être dédommagé, a repris espoir après le récent dépôt de deux plaintes aux Etats-Unis contre une pléiade de firmes allemandes. Certes, Bosch ne fait pas partie des entreprises attaquées en justice, mais M. Hauser, 86 ans, espère que la plainte servira d’exemple pour toutes les autres firmes allemandes qui, sous le nazisme, ont réduit au total entre 7 et 8 millions de personnes en esclavage. Responsable d’un groupe des Jeunesses communistes, Alfred Hauser avait été arrêté pour faits de résistance par la Gestapo en 1934 à Chemnitz (Est) et condamné à 15 ans de réclusion à Ludwigsburg, près de Stuttgart (Sud-Ouest). Au printemps 1938, tous les métallos de métier de sa...