Le virage à 180 degrés pris cette semaine par la politique monétaire russe est un nouvel exemple d’une longue liste au cours du siècle des emprunts russes ou soviétiques levés au détriment de l’épargnant, petit ou grand, national ou étranger. Les mesures rendues publiques lundi incluent une dévaluation de facto du rouble, une restructuration de la dette intérieure et un moratoire de 90 jours sur certains types de dettes étrangères. Lorsque les Bolchéviques prirent le pouvoir en 1917, une de leurs premières décisions fut de faire l’impasse sur l’emprunt russe représentant des dizaines de millions de roubles-or levé en Europe, essentiellement en France, par le gouvernement tsariste durant la Grande Guerre pour couvrir les coûts du conflit. Il aura fallu attendre 1996 dans la Russie post-soviétique pour que Moscou et Paris parviennent à un accord par lequel le gouvernement de Boris Eltsine s’engage à verser environ 400 millions de dollars aux 400.000 Français encore détenteurs des certifications de l’emprunt tsariste. Les remboursements n’ont pas encore commencé. En décembre 1947, Josef Staline lançait une réforme monétaire draconienne qui priva de leurs économies des millions de Soviétiques, déjà durement touchés par la Seconde Guerre mondiale. Aux termes de la réforme, seul un minuscule pourcentage des avoirs placés dans les banques fut échangé pour le rouble nouveau au taux de un pour un. Le reste était échangé à des taux variant de 3:2 à 10:1. La réforme s’accompagnait d’une levée du rationnement alimentaire et des biens de consommation, qui entraîna une flambée des prix. Parallèlement à la réforme, le gouvernement d’alors contraignit virtuellement l’ensemble de la population à consacrer des parts considérables de son revenu mensuel à l’acquisition des Bons du Trésor sur 20 ans. La campagne se prolongea jusqu’à la mort de Staline en 1953 et les derniers bons ont été honorés au début des années 1990. En 1961, Nikita Krouchtchev, alors secrétaire général du PC soviétique, lançait à son tour un nouveau-rouble, qui s’échangea alors au taux de un nouveau pour dix anciens. La manœuvre n’était pas à proprement parler confiscatoire, mais les opérateurs des marchés, les circuits parallèles des magasins d’Etat aux étalages toujours pratiquement vides de produits, alimentaires et autres, ne modifièrent jamais leurs étiquettes pour prendre en compte le nouveau-rouble. Peu après, l’homme qui martelait la tribune officielle de l’ONU de sa chaussure pour mieux exprimer sa colère annonçait une hausse très conséquente des prix de la viande et des produits laitiers, ce qui équivalait à une dévaluation dans le système soviétique de salaires fixes et de non-convertibilité de la monnaie. Ces hausses suscitèrent une vague de manifestations de protestation en Russie même. La plus sérieuse eut lieu en 1962 dans la ville méridionale de Novotcherkassk où la troupe tira sur les manifestants. Le déclin de l’empire soviétique s’accompagna de nouvelles turbulences financières qui, là encore, frappèrent le porte-monnaie des plus pauvres. Vers la fin des années 1980, l’accélération de l’inflation, masquée par des prix fixés officiellement et inchangeables, vida littéralement les étalages, rendant la devise nationale virtuellement inutile. En janvier 1991, le ministre des Finances de l’époque, Valentin Pavlov, ordonnait à son tour le retrait de la circulation des billets de 50 et 100 roubles et leur remplacement. Il expliquait que la mesure était nécessaire en raison d’un complot de l’étranger, jamais démontré, visant à inonder l’URSS de faux roubles de ces dénominations. L’échange de ces billets s’accompagna d’un chaos monstre et d’une nouvelle flambée des prix. Sans doute la plus sévère attaque lancée sur l’épargne nationale fut celle de 1992 lorsque le gouvernement russe leva brusquement les contrôles de prix dans le cadre de la première libéralisation du marché. En quelques semaines, les prix avaient augmenté de 250%, entraînant un effondrement du niveau de vie pour le citoyen moyen. La même année, le gouvernement gelait les avoirs de la banque d’Etat Vnechekonombank, qui agissait jusqu’alors en tant que gestionnaire de la dette extérieure soviétique. Ceci conduisit à la première restructuration de la dette extérieure russe. De nouveau en 1993, le gouvernement sema la panique en ne donnant aux Russes que quelques jours pour dépenser les roubles imprimés pendant l’ère soviétique, avant de passer au nouveau rouble russe. Après les premières années d’instabilité monétaire de la décennie, le gouvernement était enfin parvenu à assurer une certaine stabilité de la monnaie à partir de 1995, mais au détriment de la croissance des industries nationales. Les mesures prises lundi ont de nouveau suscité un mouvement de panique dans la population, nombre de Russes s’empressant d’acquérir à tout prix des dollars. En l’espace d’une journée, dans certains bureaux de change, le dollar était passé de 6,2 roubles à plus de huit. La stabilité financière avait été, de même que la lutte contre l’inflation, une des réalisations du régime actuel, et les politologues estiment qu’un effondrement du rouble pourrait encore réduire la confiance de la population à son égard, rendant la crise encore plus difficile à surmonter. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le virage à 180 degrés pris cette semaine par la politique monétaire russe est un nouvel exemple d’une longue liste au cours du siècle des emprunts russes ou soviétiques levés au détriment de l’épargnant, petit ou grand, national ou étranger. Les mesures rendues publiques lundi incluent une dévaluation de facto du rouble, une restructuration de la dette intérieure et un moratoire de 90 jours sur certains types de dettes étrangères. Lorsque les Bolchéviques prirent le pouvoir en 1917, une de leurs premières décisions fut de faire l’impasse sur l’emprunt russe représentant des dizaines de millions de roubles-or levé en Europe, essentiellement en France, par le gouvernement tsariste durant la Grande Guerre pour couvrir les coûts du conflit. Il aura fallu attendre 1996 dans la Russie post-soviétique pour que...