«Cette visite est un tournant», estime Oleh Bily, l’adjoint au rédacteur en chef de la revue «Polititchna Doumka», ajoutant qu’elle consacrera l’Ukraine en tant que pays influent d’Europe orientale et centrale. Kiev attend depuis son indépendance en 1991 la visite d’un chef d’Etat français, alors que les présidents et chefs de gouvernement de toutes les autres grandes puissances européennes s’y sont déjà rendus. «La tradition diplomatique française est marquée par la prudence. Ce pays ne développe habituellement pas de contacts avec les partenaires dont il n’est pas sûr», explique encore M. Bily. Au cours de sa visite, M. Chirac rencontrera son homologue ukrainien Léonid Koutchma, le premier ministre Valéry Poustovoïtenko et le président du Parlement Olexandre Tkatchenko. MM. Chirac et Koutchma entendent notamment s’entretenir du rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne, de la fermeture définitive de la centrale nucléaire de Tchernobyl ainsi que du développement des relations économiques. La France qui, comme l’Allemagne est un «moteur» de l’intégration européenne, «pourrait soutenir l’Ukraine dans son rapprochement vers l’UE», estime le chef du département de la politique extérieure de la présidence Volodimir Ogrizko. De son côté, M. Bily affirme que «Paris commence à comprendre l’importance de l’Ukraine en Europe et pourra faire du lobbying pour l’Ukraine au sein de l’Union européenne, de l’OMC et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) où sa parole a du poids». Tchernobyl L’Ukraine n’a pas encore le statut de membre associé avec l’UE et le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, avait récemment estimé que ce statut était prématuré en raison du manque de libéralisation de l’économie de ce pays. L’UE reproche notamment à Kiev d’avoir violé les termes de l’accord de partenariat et de coopération en octroyant des avantages fiscaux jugés discriminatoires au constructeur automobile sud-coréen Daewoo. Concernant Tchernobyl, que l’Ukraine menace régulièrement de ne pas fermer comme prévu en l’an 2000 en dépit d’un accord signé en 1995, on s’attend à ce que la France fasse pression sur la BERD. Kiev veut obtenir le plus vite possible le financement par la BERD de deux réacteurs nucléaires supplémentaires pour les centrales de Rivne et Khmelnitsky. La BERD a émis des doutes sur l’efficacité économique de l’opération dont le coût s’élève à 1,2 milliard de dollars. Une décision finale doit être prise d’ici la fin de l’année. Lors de sa visite à Kiev fin juillet pour préparer la venue de Jacques Chirac, Hubert Védrine avait plaidé pour le financement de ces deux réacteurs. Sur le plan bilatéral, M. Ogrizko note que les deux pays peuvent intensifier leur coopération dans les domaines militaire, agroalimentaire et de l’aérospatial. Les entrepreneurs français ont jusqu’à présent surtout investi dans les télécommunications et les secteurs énergétique, agroalimentaire et bancaire pour un montant total de quelque 35 millions de dollars. En 1997, les échanges commerciaux franco-ukrainiens se montaient seulement à 2,6 milliards de FF (environ 439 millions de dollars). M. Chirac doit quitter l’Ukraine vendredi pour effectuer une courte visite le même jour en Moldavie. Il y rencontrera le président Petru Lucinschi, le premier ministre Ion Ciubuc et le président du Parlement Dumitru Diakov. Le président Chirac visitera également l’université de Chisinau où il recevra le titre de docteur Honoris Causa et rencontrera de jeunes francophones. La direction moldave espère obtenir le soutien de la France, en particulier sur son adhésion à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et ses chances d’adhérer à l’Union européenne. (AFP) Le président français Jacques Chirac se rend à Kiev aujourd’hui en visite officielle: une première très attendue par les Ukrainiens qui y voient une chance d’obtenir le soutien de Paris au sein des structures européennes et celle de donner un coup de fouet aux relations bilatérales.
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