Les volte-face du chef rebelle Dinka, Kérubino Kuanyen, ont mis en état d’urgence alimentaire la région du Bahr el-Ghazal (sud-Soudan) où 350.000 personnes, selon les organisations humanitaires, sont déjà menacées par la famine. La sécheresse ne suffit plus à expliquer la situation de cette province au sud-ouest du Soudan. A Turalei, petite bourgade perdue du nord du Bahr el-Ghazal, les villageois attendent des semences de sorgho. Il n’y a plus que de fruits à manger, ou bien le reste de troupeaux à abattre. Si les semences n’arrivent pas avant la saison des pluies prévue dans un mois, ce sera la catastrophe, disent les villageois. Après avoir été l’un des sept chefs de factions dissidentes de l’Armée populaire de libération de Soudan (SPLA) de John Garang à avoir signé en avril 1997 un accord avec Khartoum, Kérubino a terrorisé et organisé la razzia de la province, racontent les habitants de Turalei. Quand il a choisi de revenir dans le camp de la rébellion, il a tenté de prendre Wau, la principale ville de la province. Du coup, le Bahr el-Ghazal compte plus de 270.000 déplacés qui ont fui ces combats, selon le dernier rapport du Sudan Relief and Rehabilition Group (SRRA). «Nous lui en voulons beaucoup, mais que pouvons-nous faire? Si nous ne l’accueillons pas, il retournera avec Khartoum», commente stoïque Domenique Matiok, l’un des responsables de la communauté de Turalei. A Pokor, où Kérubino est revenu avec une centaine d’hommes armés, «les gens ont peur de lui et ne le croient pas», raconte un responsable humanitaire de passage. Toujours sanglé dans son uniforme de général de l’armée gouvernementale, Kérubino Kuanyen rappelle qu’il a été l’un des fondateurs de la SPLA, mais a du mal à convaincre. Il reconnaît que la région est menacée par la famine, mais, dit-il, «ce n’est pas Kérubino qui est la pluie». Entouré de ses officiers, dont des hommes de John Garang, il affirme maintenant que seule la lutte armée permettra au sud-Soudan d’être libre. Il souligne que «rien ne sera obtenu des négociations de Nairobi» dont il n’est pas partie prenante. Kérubino explique qu’il avait signé avec Khartoum en raison de «différences» avec John Garang, mais que le gouvernement soudanais n’a pas tenu ses promesses d’organiser un référendum d’autodétermination au sud-Soudan. «Leur fondamentalisme rend impossible la négociation», dit-il. Sous les pressions des organisations humanitaires, le gouvernement soudanais qui avait réduit depuis juin 1997 à la portion congrue les vols humanitaires, puis les avait interdits début février en raison des combats de Wau, vient de les autoriser à nouveau. «Cette autorisation vient à un moment crucial», a indiqué le PAM dans un communiqué début avril. «La fourniture urgente de semences est nécessaire dans les trois prochaines semaines afin d’assurer les cultures avant la saison des pluies. Si l’on manque la prochaine récolte, la population sera dépendante de l’aide humanitaire alimentaire jusqu’en août 1999», ajoutait le PAM. Selon Dan Eiff qui dirige les opérations de Norwegian People Aid, la capacité de transports des organisations humanitaires vers le sud-Soudan ne pourront couvrir que 25% des besoins. Les premiers signes de drame humanitaire sont visibles à Pokor où MSF Belgique a organisé un centre nutritionnel d’urgence. Là, plusieurs dizaines d’enfants malnutris sont déjà pris en charge. (AFP-Reuters)
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