La rideau tombe aujourd’hui en Inde sur les célébrations d’un demi-siècle d’indépendance, sans lustre, dans l’instabilité politique, la morosité économique et une tension accrue avec le Pakistan voisin et ennemi. L’Inde a consacré 12 millions de dollars aux parades et autres cérémonies qui, pendant un an, ont marqué le cinquantenaire de la fin de l’empire britannique des Indes, le 15 août 1947. Mais le véritable feu d’artifice est intervenu en mai lorsque le gouvernement nationaliste hindou au pouvoir depuis à peine deux mois fit exploser cinq engins nucléaires, entraînant une immédiate riposte et six essais atomiques pakistanais. Outre d’officielles préoccupations de sécurité, il s’agissait de prouver que l’Inde et son presque milliard d’habitants doit avoir le poids qu’elle mérite dans le monde. L’effet immédiat fut une montée de la tension dans une région d’Asie du Sud déjà instable. «Il faut espérer qu’il ne s’agisse que de la nuit avant l’aube, de la rhétorique avant des résultats concrets. Les deux pays doivent œuvrer à vivre en bon voisinage», explique B.G. Verghese, analyste au Centre indépendant de recherche politique. Des discussions indo-pakistanaises ont échoué en juillet sur le problème du Cachemire divisé, vieux comme l’indépendance des deux frères ennemis, alors qu’une semaine de duels d’artillerie y faisait 125 morts début août. Aucun progrès rapide n’est à attendre dans d’amères relations. Les essais nucléaires furent unanimement condamnés et sanctionnés par des mesures économiques, notamment américaines, venant pénaliser une économie indienne déjà en ralentissement et rattrapée par la crise financière asiatique. Instabilité politique La fierté patriotique née de ce défi nucléaire se dissipa bien vite, remplacée par les interrogations: l’Inde, toujours parmi les pays les plus pauvres du monde, a-t-elle les moyens d’un programme nucléaire? «C’est triste. La bombe ne reflète pas les aspirations du peuple», affirme Ambrose Pinto, directeur de l’Institut social indien. «Est-il possible pour un homme qui ne sait même pas écrire son nom de comprendre même la plus simple explication de ce qu’est une bombe»?, s’est récemment insurgée l’écrivain Arundhati Roy. Près de la moitié des quelque 970 millions d’Indiens sont illettrés. 40% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, 130 millions n’ont aucun accès à des services de santé de base, 230 millions à de l’eau potable. La moitié des enfants de moins de 5 ans sont mal nourris. L’investissement en matière de santé et d’éducation est de 14 dollars par habitant, comparé à 160 dollars en Corée du Sud. «L’Inde n’a pas fait grand-chose contre la pauvreté, pour la qualité de la vie et la justice sociale, affirme M. Verghese. Il ne faudrait pas attendre encore 50 ans pour le faire». Pour d’autres analystes, le principal mal de l’Inde est l’instabilité politique et la paralysie qui en découle. Aucun parti n’a obtenu de majorité absolue depuis 1984. L’Inde a tenu cette année ses deuxièmes législatives en deux ans et vu arriver au pouvoir le cinquième gouvernement depuis 1996, une coalition fragile dirigée par la droite nationaliste qui promettait justement la stabilité. On parle plus à New Delhi d’une possible chute du gouvernement, vieux de moins de cinq mois, et de possibles nouvelles élections, que de projets de développement. Sans compter les conséquences inévitables sur l’économie, dont la libéralisation progressive depuis 1991 n’a pas atteint l’Indien de base, et dont la croissance a été révisée en baisse à 5% alors qu’il faudrait au moins 8% pendant plusieurs années pour permettre au pays de décoller. «Dans une situation de vide politique, aucun progrès n’est possible», argumente Jay Dubashi, commentateur politique d’idéologie nationaliste hindoue. «Il y a une détérioration du leadership politique. Tous les autres problèmes de la nation ont été relégués à l’arrière-plan», affirme-t-il. «C’est pour l’instant une grande tragédie». (AFP)
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