Inspirée des télévisions communautaires, la TV brésilienne Pinal rompt le mur des asiles de fous, casse le tabou et montre à la société avec un humour décapant une autre image de la folie: où est la ligne qui délimite la folie? Dans la cour de l’hôpital psychiatrique Philippe Pinel de Rio de Janeiro, une équipe de TV s’affaire. Tous portent des tee-shirts avec l’inscription «TV Pinel: pour la liberté, la démocratie, la santé et l’art». Des acteurs s’échauffent comme avant un match de football puis, chargés de câbles de TV un peu partout, sur la tête ou autour des bras, passent devant la caméra vidéo dans tous les sens. «Nous parodions le climat de la Coupe du monde pour illustrer la reprise de notre programme TV Pinel sur le petit écran», déclare Kassia Chaffin, la productrice de l’équipe. Kassia est la seule à ne pas être «usager» des services psychiatriques, le terme désormais préféré à celui de «fou». Parmi tous les gens qui défilent dans la cour de l’hôpital, il est difficile de discerner les «usagers» des dits «normaux». Soulagement quand apparaît soudain un usager facilement identifiable: c’est Jorge Romano dit «Maluco Beleza» (le fou beauté) la cinquantaine, édenté, le look d’un hippie et qui porte une guitare... sans cordes. «Il a une famille mais préfère rester dans la rue et revenir au Pinel où il a été traité. C’est un poète et l’un de ses poèmes illustre le dépliant de notre TV», explique Teresa Monnerat, coordinatrice du centre vidéo du Pinel. Anonymat «Créé en février 1996, le programme a été suspendu pendant deux mois pour des questions administratives et il sera relancé sur la chaîne TV Educativa, début octobre, à raison de 3 minutes par mois», précise Mme Monnerat. Dans l’un des sketchs précédents, l’équipe de la TV Pinel se promenait dans les rues de Rio en faisant essayer une camisole de force aux passants. Les usagers-acteurs la présentaient comme du «dernier cri», la faisaient essayer aux passants et leur demandaient «comment ils se sentaient avec». «Les réponses étaient beaucoup plus folles que les questions», se remémore en riant le caméraman Clovis Leal Braga, 39 ans, en traitement au Pinel depuis l’âge de 18 ans quand il a «commencé à entendre des voix». «Après des années d’électrochocs et d’isolement, les consultations à l’hôpital de jour me permettent de rentrer chez moi et de retrouver une vie productive. Cela accélère la réhabilitation», poursuit Clovis, l’un des cinq de l’équipe TV Pinel qui reçoit un salaire pour son travail. «Vous vous rappelez des jeunes qui ont brûlé vif un Indien à Brasilia. C’est à se demander qui est réellement fou?» interroge Clovis, l’un des cinq de l’équipe TV Pinel qui reçoit un salaire pour son travail. «L’objectif principal de TV Pinel est de changer l’image de la folie, d’essayer de réduire les préjugés envers les malades mentaux tout en développant un traitement plus humain et de les réhabiliter dans la société», explique Mme Monnerat. «Nous travaillons dans l’optique de la réforme de la psychiatrie en cours d’implantation au Brésil, pour supprimer les asiles d’aliénés et les remplacer par des unités psychiatriques intégrées aux hôpitaux, une lutte pour que le malade mental acqui-ère le droit à la citoyenneté», ajoute-t-elle. Mais, un projet de loi pour supprimer les asiles du député fédéral du Parti des travailleurs (PT-gauche) Paulo Delgado approuvé en 1991 par la Chambre des députés dort toujours dans les tiroirs du Sénat. La proposition de Delgado rencontre beaucoup de résistance auprès des cliniques privées pour malades mentaux qui reçoivent des ressources du Système unique de santé (SUS). «Ces ressources devraient êtres destinées à des propositions alternatives», estime M. Delgado. Au Brésil, selon lui, «la majorité absolue des plus de 600.000 hospitalisations psychiatriques annuelles sont anonymes, silencieuses, nocturnes et violentes». (AFP)
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