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Actualités - Chronologie

Lectures d'été : trois romans, un essai

Raconter le monde qu’on habite et qu’on traverse est une préoccupation d’écrivain. Au moins depuis Homère... On aurait tort de prendre la littérature «intimiste», qualifiée à tort de nombriliste, pour une annexe simplifiée de la grande littérature. De toute facon toute écriture est témoignage, confession, révélation, reflet du monde que nous vivons. Voilà que Dar An Nahar jette la lumière sur trois auteurs et quatre œuvres, différentes, à découvrir en cette fin d’été aux chaleurs torrides. D’abord trois romans à la langue arabe fluide et musicale, à la réflexion parfois tendue, aux atmosphères diverses, aux personnages jaillis du cœur de la réalité et de la fiction. Trois romans pour nous entretenir de la difficulté de vivre et du bonheur d’être... Auteur de plusieurs œuvres de fiction romanesques (Al-Zaïraat» — (Les visiteuses — 1985. «Hajar el Dahk» (La pierre du rire) et «Ahl el Hawa» — (Les gens de l’amour), Hoda Barakat signe son quatrième roman intitulé «Hareth al Miyah» — Dar An Nahar — 177 pages) — placé sous le signe de la révolte et de la déception, mais non de la résignation cet ouvrage fait la part belle à la notion de l’illusion dans la vie. Son titre, dans sa traduction même, serait une précieuse clef à son approche. «Laboureur d’eau» a-t-il un sens pour celui qui travaille dans le concret et le réel? Hoda Barakat, en femme de lettres consommée, use avec brio d’un remarquable sens de la poésie et d’un emploi subtil de la langue pour maintenir le lecteur dans cet état de «flottement» et d’irréalité. Fouillant dans la mémoire et les actions de ses personnages, analysant situations et déboires de la vie, Hoda Barakat invoque la mer et nous entretient avec une certaine pudeur teintée toutefois d’un ton parfois âpre, de l’impérieux désir de la sensualité... Voilà un livre qui s’érige comme un vibrant hymne à la fragilité de la beauté aussi bien qu’à sa puissance dévastatrice. Du journalisme à la littérature il n’y a qu’un pas. Vite franchi par Hassan Daoud qui signe là lui aussi son quatrième roman «Ghinaa al Batrik (Le chant du pélican) — (Dar An Nahar - 208 pages). A son actif déjà trois romans. «L’immeuble de Mathilde», «Des journées en plus» et «L’année de l’automatique». Aujourd’hui fort de son expérience journalistique et littéraire, Hassan Daoud, fidèle à son inspiration romanesque, publie son «Chant du pélican» où il entreprend une minutieuse analyse mêlant passion et psychologie. Dans un monde plein de murmures étouffés, dominé par le bruit de la mer, l’auteur tente de donner vie à des sentiments forts où les jeux de l’esprit et des sens ont de secrètes et subtiles correspondances. Enrobé d’une certaine tristesse, d’un romantisme absolument moderne, ce roman a des résonances singulières. La solitude, l’attente, le désir d’un corps de femme, les descriptions de la nature, les souvenirs tenaces, la présence chaleureuse et l’absence douloureuse par la suite d’un père sont autant de moments de lecture intense à qui l’auteur insuffle une dimension grave mais où l’espoir d’être heureux n’est jamais exclu. Lui aussi n’est pas un nouveau venu à la littérature. Deux premiers ouvrages remarqués l’ont propulsé à l’avant-scène des vitrines des librairies. «Al Mawt bein el Ahl nouass («La mort en famille est sommeil») et «Ietidal Al kharif» (Automne modéré) ont été les deux premières étapes qui ont permis à Jabbour Doueihy de publier aujourd’hui «Rayya al Nahr». (Dar An Nahar 195 pages). Récit frémissant de sensibilité, de douceur, aux phrases limpides, chargé d’une poésie empreinte de nostalgie et surtout battant du rythme même de la vie de montagne libanaise. Avec Rayya, femme attachante et solitaire, c’est la traversée humaine que tente de relater Jabbour Doueihy avec son cortège de malheurs, de vexations, d’imprévus heureux ou malheureux… Mais c’est la voix de l’auteur et surtout son regard d’écrivain, un regard à la fois attendri, perçant et scrutateur, qui donne épaisseur et force à cette tranche de vie et d’histoire dominée par le portrait plein de vigueur et de tendresse d’une femme livrée à un destin où les eaux d’un fleuve servent de compagnon et de complice… La vie n’est pas toujours hélas, même avec beaucoup de poésie, un long fleuve tranquille… Loin des turbulences de l’imagination et des fictions fertiles, on retrouve avec plaisir «Visage et présence du Liban» de Michel Chiha dans une version arabe grâce à la traduction de Fouad Kanaan (Dar An Nahar et Fondation Chiha — 126 pages). Poète, essayiste, économiste et éditorialiste, (né à Bmakine — Aley — en 1891) Michel Chiha est une figure de proue de notre patrimoine culturel et politique. Par son action et ses écrits, Michel Chiha réussit à prouver qu’il est possible, sinon nécessaire, de joindre la morale à la politique, de substituer la planification au laisser-aller, de donner au penseur ses droits dans la cité et de fixer un idéal au destin de la nation. Essai groupant des écrits et des conférences de Michel Chiha, «Visage et présence du Liban», publié initialement en 1964, est toujours d’actualité. Il jette la lumière sur la «réalité» libanaise en analysant le présent, et le futur et en abordant l’aspect humain d’une civilisation millénaire où histoire, géographie, démographie et ouverture sur le monde sont des composantes essentielles pour l’approche d’une nation et d’un peuple.
Raconter le monde qu’on habite et qu’on traverse est une préoccupation d’écrivain. Au moins depuis Homère... On aurait tort de prendre la littérature «intimiste», qualifiée à tort de nombriliste, pour une annexe simplifiée de la grande littérature. De toute facon toute écriture est témoignage, confession, révélation, reflet du monde que nous vivons. Voilà que Dar An Nahar jette la lumière sur trois auteurs et quatre œuvres, différentes, à découvrir en cette fin d’été aux chaleurs torrides. D’abord trois romans à la langue arabe fluide et musicale, à la réflexion parfois tendue, aux atmosphères diverses, aux personnages jaillis du cœur de la réalité et de la fiction. Trois romans pour nous entretenir de la difficulté de vivre et du bonheur d’être... Auteur de plusieurs œuvres de fiction...