Après des mois de tractations acharnées, les banques suisses et les organisations juives sont parvenues à un accord d’un montant de 1,25 milliard de dollars sur les avoirs en déshérence des victimes du nazisme. Annoncé par le sénateur de New York Alfonse D’Amato devant le palais de justice fédéral de Brooklyn, cet arrangement extrajudiciaire concerne les deux principales banques suisses, le groupe UBS et le Crédit Suisse, ainsi que la Banque centrale suisse, qui avait acquis pendant la Deuxième Guerre mondiale des milliards de dollars d’or volé par les nazis, et le gouvernement helvétique. L’accord met fin aux poursuites collectives engagées contre les banques suisses par des dizaines de milliers de survivants ou de descendants des victimes, qui réclamaient 20 milliards de dollars de compensation, et lève également les menaces de boycott et de sanctions que faisaient peser sur les établissements bancaires de la confédération, une vingtaine d’Etats de l’Union et plus de trente villes des Etats-Unis. Le consul général de Suisse à New York, Jacques Reverdin, s’est félicité de cet accord, indiquant que «des sanctions imposées contre les banques ou, à terme, contre l’industrie suisse, auraient été injustifiées, injustes, voire illégales». «Comme nous l’avons souvent demandé, nous espérons que cet accord va écarter définitivement toute menace, présente ou future, de sanctions contre la Suisse, les banques suisses et les institutions suisses», a immédiatement déclaré le sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires économiques Stuart Eizenstat, chargé du dossier des restitutions par le président Bill Clinton. Plus de 20 Etats américains, dont New York, le New Jersey et la Californie, ainsi qu’une quarantaine de villes, ont pris des mesures contre les intérêts suisses aux Etats-Unis ou ont menacé d’en prendre. «Je suis extrêmement heureux et satisfait d’annoncer que nous avons conclu un accord historique avec les banques suisses qui rendra justice, moralement et juridiquement, à ceux qui ont si longtemps souffert, et qui mettra un terme à ces questions dans le monde et en Suisse», a déclaré le sénateur D’Amato, entouré de survivants des camps de la mort, de représentants des banques suisses, d’avocats des plaignants et de dirigeants du Congrès juif mondial (CJM). Plongée dans les archives Les dédommagements pour les préjudices causés depuis la Deuxième Guerre mondiale seront versés en quatre fois sur trois ans et le premier versement, de 250 millions de dollars, sera effectué sous 90 jours. Les plans de redistribution de ces fonds sont finalisés et leurs détails seront bientôt communiqués. L’affaire des fonds juifs en déshérence avait éclaté il y a trois ans, lorsque le Congrès juif mondial avait réclamé des banques suisses la restitution de comptes dormants aux descendants des victimes du nazisme. Les établissements avaient proposé une première offre de 30 millions de dollars, rejetée par le CJM qui obtenait en revanche la publication de milliers de documents conservés dans les archives américaines. Cette plongée dans l’Histoire allait révéler l’attitude ambiguë de la Confédération helvétique pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les banques suisses comme la Banque centrale,qui révélaient certains documents, avaient contribué au financement de l’effort de guerre de l’Allemagne nazie en blanchissant l’argent détourné par les troupes hitlériennes et achetant en devises fortes l’or pillé dans l’Europe occupée. Alfonse D’Amato a précisé que les négociations, supervisées par le juge fédéral Edward Korman, avaient repris il y a deux jours. En juin, les discussions avaient été rompues, les banques proposant 600 millions de dollars, les organisations juives réclamant 1,5 milliard. Mesure symbolique L’expiration imminente — le 1er septembre prochain — du moratoire sur les sanctions décidées par des Etats de l’Union et une trentaine de villes américaines n’est pas étrangère à l’issue des négociations, a estimé le sénateur new-yorkais. Abraham Foxman, président de la Ligue antidiffamation du B’nai B’rith, a estimé que l’accord négocié représentait «une mesure symbolique de justice». «Les Suisses ont finalement fait le bon choix. Il a fallu du temps. Ils devaient réaliser que leurs ennemis, ce n’était pas les juifs, mais l’Histoire», a-t-il ajouté. Pour Elan Steinberg, directeur exécutif du Congrès juif mondial, la justice et la cause du devoir de mémoire ont triomphé. «C’est pour cela que ce jour est d’une grande portée dans la tentative d’écrire l’histoire de la guerre comme elle doit l’être». «Cet accord règle définitivement l’ensemble des revendications à l’encontre de toutes les banques suisses relatives aux avoirs en déshérence et à leurs activités durant la Seconde Guerre mondiale», notent de leur côté le Crédit suisse et le groupe UBS (né de la fusion en juin dernier de l’Union de banques suisses et de la Société de banque suisse) dans un communiqué commun diffusé par l’agence de presse suisse ATS. Les deux établissements bancaires se disent «convaincus que l’accord obtenu pourra se réaliser sans délai et qu’il représente une solution équitable pour toutes les parties». «Toutefois, poursuit la déclaration, elles espèrent avant tout que l’argent pourra être mis rapidement à disposition des victimes». (Reuters-AFP)
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