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Actualités - Chronologie

Etrange cohabitation dans la Drenica

Dans un décor de fin du monde, sur les pentes du plateau de la Drenica, deux frères albanais et leur vieille mère ont entrepris voilà un mois une cohabitation étrange et ambiguë avec les policiers serbes du barrage voisin. Les offensives successives des forces de Belgrade contre ce bastion de l’indépendantisme kosovar, dans le centre de la province, ont transformé en terre brûlée un paysage autrefois bucolique: récoltes, maquis, maisons, forêts, tout est calciné. Pourtant, Hasan, Januz et leur mère, Vahide, n’ont pas quitté leur ferme. Ils subsistent de ses produits et de leurs réserves, cloîtrés à moins de vingt mètres d’un poste de contrôle fortifié de la police serbe. «Ils ne nous ont pas touchés. Ils sont corrects, alors pourquoi fuir?» murmure cette paysanne de 73 ans au sourire édenté et aux profondes rides. «Et où aller? Pas question de quitter ma maison. Tous les voisins sont partis il y a un mois. Mais nous, nous restons». Entre la dizaine de policiers retranchés derrière des sacs de sable, la plupart de jeunes hommes originaires des environs, le trio s’est établi un précaire modus vivendi: du café chaud contre des médicaments, du riz ou de l’huile, rapportés de la ville voisine. «Tous les voisins ont pris peur, mais ils ont eu tort. Ils auraient dû rester», assure le chef de la petite escouade, qui, comme les autres, adresse la parole à un journaliste étranger, au mépris des consignes, sous condition de strict anonymat. Mais les maisons brûlées, leurs toits effondrés, leurs murs éventrés? «Si de simples citoyens étaient restés sur place, les terroristes de l’UCK (Armée de libération du Kosovo, ndlr), ne les auraient pas utilisées pour nous tirer dessus», affirme-t-il. «Nous ne les aurions pas détruites, mais là, nous n’avions pas le choix». Des citoyens ordinaires... Vahide vivait seule à 200 mètres de là, dans une petite masure de pierres qui furent blanches avant d’être noircies par les flammes. «Oui, nous avons fait une erreur en brûlant sa maison», reconnaît le même policier. «Mais on ne savait pas que c’était la sienne. Nous l’aiderons à la reconstruire. Nous n’avons pas de problème avec les citoyens ordinaires, seulement avec les terroristes». Mais les tirs d’artillerie sur des dizaines de villages, forçant à l’exode des milliers de «citoyens ordinaires»? «Là où l’UCK est mêlée à la population, on ne peut pas faire de différence. On tire», admet-il. «Mais j’en ai déjà trop dit. Je ne suis pas compétent pour commenter tout cela. Nos chefs ont leurs raisons...» Assis à l’ombre d’un figuier, Januz accueille d’un sourire un peu trop appuyé la patrouille de police de passage sur ses terres. Père de quatre filles et d’un garçon, il assure ne pas les avoir vus depuis cinq semaines, lorsqu’ils sont partis se réfugier chez des cousins, à quelques kilomètres de là. «J’aimerais bien qu’ils puissent revenir, c’est calme en ce moment, mais je ne sais pas...». «Non, non, pas les enfants», lui conseille dans un albanais parfait un policier en tenue de combat, foulard vert et gilet camouflé. «Ce n’est pas sûr. Les terroristes ont reculé, mais ils peuvent toujours tirer depuis les collines. Ils nous ont visés ce matin. On ne pourra jamais contrôler chaque pouce de terrain, par ici». Il assure que, contrairement à ce qu’affirment les communiqués victorieux publiés à Belgrade, plusieurs axes asphaltés dans la Drenica, et notamment celui qui longe le plateau par l’ouest, sont encore coupés par des barricades de l’UCK. (AFP -Reuters)
Dans un décor de fin du monde, sur les pentes du plateau de la Drenica, deux frères albanais et leur vieille mère ont entrepris voilà un mois une cohabitation étrange et ambiguë avec les policiers serbes du barrage voisin. Les offensives successives des forces de Belgrade contre ce bastion de l’indépendantisme kosovar, dans le centre de la province, ont transformé en terre brûlée un paysage autrefois bucolique: récoltes, maquis, maisons, forêts, tout est calciné. Pourtant, Hasan, Januz et leur mère, Vahide, n’ont pas quitté leur ferme. Ils subsistent de ses produits et de leurs réserves, cloîtrés à moins de vingt mètres d’un poste de contrôle fortifié de la police serbe. «Ils ne nous ont pas touchés. Ils sont corrects, alors pourquoi fuir?» murmure cette paysanne de 73 ans au sourire édenté et aux...