Les rebelles albanais du Kosovo ont présumé de leurs forces, accumulé les erreurs, échoué dans leurs tentatives d’unification et sous-estimé les capacités militaires serbes, estimaient jeudi experts et diplomates dans la région. Lorsque le rouleau compresseur de Belgrade s’est mis en marche, il y a deux semaines, les combattants de l’Armée de libération du Kosovo («Ushtria Clirimtare e Kosoves», UCK) n’ont pu que battre en retraite, assommés par les barrages d’artillerie, perdant leurs fiefs un à un. «Ils ont vécu en mai-juin une période d’euphorie, ils ont cru que c’était arrivé», explique un expert militaire occidental. «Ils gagnaient facilement des territoires, face à des forces de police sans réaction ou presque. Mais c’était pour des raisons politiques. Quand (le président yougoslave Slobodan) Milosevic a dit: ‘On reprend tout ça’, le vrai rapport de forces est apparu. Il est pour l’instant largement en sa faveur». Début juin, les rebelles se vantaient dans les «zones libérées» qu’ils avaient proclamées d’avoir repoussé de furieux assauts. Ils n’avaient fait qu’échanger des coups de feu avec des patrouilles de police. Aujourd’hui, nombre de leurs bunkers ont été rasés par les bulldozers de l’armée. L’UCK a précipité le déclenchement de l’offensive serbe en prenant le contrôle d’objectifs largement hors de sa portée, estiment les mêmes experts. D’abord le site minier de Belacevac, qui abrite la principale centrale thermique du Kosovo, puis la ville d’Orahovac. Tous deux rapidement repris. Aujourd’hui, des politiciens albanais comme Mahmut Bakali reprochent à l’UCK d’avoir commis «des erreurs énormes» en s’emparant de positions qu’elle n’était pas capable de conserver et d’en faire payer le prix à la population civile. Absence de discipline Un diplomate occidental familier du dossier estime que cette guérilla balbutiante (elle n’est apparue au grand jour qu’en novembre et a réellement combattu en mars) fait parfois preuve de naïveté. «Brandir une Kalachnikov et établir un point de contrôle constituent le rêve de tout petit garçon dans les Balkans», confiait-il récemment. Le manque de coordination entre les maquis, de moyens de communication performants et d’une stratégie globale handicape également l’UCK, estime-t-on de mêmes sources. Même s’il ne fait guère de doutes que d’anciens officiers de l’armée yougoslave (JNA) d’origine albanaise ont entrepris de constituer un état-major, dont une partie au moins serait installée dans le nord de l’Albanie voisine, ils ne semblent pas en mesure de faire remonter les informations et descendre les ordres le long d’une chaîne de commandement. «Nous avons un système pyramidal et nous devons obéir», assurait ainsi lundi un commandant de l’UCK. «Mais il n’est pas parfait, c’est vrai... Cela ne fait que cinq mois. Nous travaillons à le renforcer». Dans une interview à un quotidien de Pristina, un certain commandant «Qorri» accuse quant à lui «d’anciens officiers de la JNA, ayant rejoint l’UCK, de semer le trouble dans certaines unités pour servir leur carrière», révélant de graves dissensions internes. En fait, l’UCK ne semble pas avoir pour l’instant dépassé le stade clanique, cellule de base de la société albanaise: en basculant dans la lutte armée, le chef du clan dominant des environs entraîne avec lui sa famille élargie. Il reste maître sur ses terres et collabore, au mieux, avec les clans voisins. Les visiteurs étrangers sont ainsi escortés d’un fief à l’autre, chaque chef ayant autorité pour accepter ou non de les recevoir. «Nous n’avons trouvé aucun interlocuteur représentatif de l’ensemble du mouvement», regrette un autre diplomate occidental. «Nous avons le moyen de parler à des commandants locaux, mais c’est l’échelon le plus élevé que nous ayons trouvé». Toutefois, conclut-il, la série de revers en cours ne sonnera pas le glas de la rébellion, soutenue et approuvée par l’immense majorité des Kosovars. «Certains de ses aspects grotesques vont disparaître. Mais cela peut la renforcer (...) les plus sérieux survivront». (AFP)
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