Le commandant rebelle trace du doigt, sur une carte militaire, l’avancée des forces serbes. «Ils gagnent du terrain, c’est vrai. Mais nous nous adaptons. Cette terre est la nôtre et tôt ou tard, le Kosovo sera libre». Quelque part dans le centre de la province, les guérilleros de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) tentent de plier comme le roseau face à la tempête que Belgrade fait souffler sur leurs positions depuis près de deux semaines. Le canon tonne derrière la montagne, à quelques kilomètres à vol d’oiseau: un obus par minute. Des colonnes de fumée noire s’élèvent dans le ciel blanc de chaleur. C’est l’effervescence au quartier général, installé dans une ancienne école. Les estafettes sillonnent les pistes poussiéreuses à bord de VW Golf immatriculées «UCK» puis quatre chiffres et une lettre. Des hommes barbus en combinaisons noires montent au front, juchés sur des charrettes tirées par des tracteurs. L’officier, qui restera anonyme, assure commander ce secteur du front, sans davantage de précisions. Il porte un béret noir orné de l’écusson «UCK», un pistolet à la ceinture, une liasse de francs suisses dans la poche de sa chemise et roule en Mercedes blanche. «Notre principal problème, ce sont les civils, les réfugiés», affirme-t-il. «Notre devoir est de leur venir en aide. Nous tentons de regrouper la nourriture disponible, mais ce n’est pas suffisant. Les Serbes ne respectent aucune des règles de la guerre. Ils ne nous affrontent pas directement, mais bombardent les villages pour en faire fuir la population». «Ils emploient toutes sortes d’armes», poursuit-il, «des chars bourrés d’électronique, parfois des hélicoptères et des avions. Avec nos armes légères, nous ne pouvons rien faire contre ça. Mais nos hommes souffrent peu: ils sont à l’abri, cela ne nous impressionne pas». «Regardez les blessés: des femmes, des enfants, des vieux. Peu de membres de l’UCK», affirme-t-il. «C’est du nettoyage ethnique. Le scénario bosniaque». Une Audi poussiéreuse se gare en trombe dans la cour de l’école. Trois combattants en treillis en font descendre un quatrième. Le visage livide malgré un masque de poussière, les yeux fiévreux, flageolant sur ses jambes, il n’a pas dix-sept ans. Il a reçu un éclat d’obus dans le dos près du village de Kraljane, à une heure de piste. Allongé dans la salle de soin du petit dispensaire, il murmure: «Tous les civils ont fuit depuis trois jours. Il n’y a plus que nous. En face, les Serbes ont déployé au moins quarante blindés. Nous en avons descendu trois au lance-roquettes. Mais c’est dur». Une toute jeune infirmière lui extrait l’éclat, à vif, avec une lame de cutter et un peu d’alcool. Il regarde devant lui sans ciller. L’officier le réconforte d’une tape sur la cuisse. «C’est avec des lance-roquettes que les Tchétchènes ont vaincu la deuxième armée du monde!» Puis, s’adressant au journaliste étranger: «Les fantassins serbes n’approchent que cachés derrière les blindés, après des heures de bombardement. Quand ils pensent qu’il n’y a plus personne, ils pillent, tuent les vieux incapables de fuir et mettent le feu. Une guerre de lâches!» Une famille de civils en haillons, sur les routes de l’exode depuis une semaine, vient quémander un peu de nourriture. L’infirmière leur donne de l’eau et les envoie au hameau voisin. «Dans la plupart des villages de la région, les moissons n’ont pu être faites», explique-t-elle. «Le blé pourrit sur pied. Et quand les gens l’ont coupé, de nuit, à la faux, les moulins ne fonctionnent pas faute d’électricité». Elle désigne les rayonnages du dispensaire: quatre boîtes de médicaments. L’officier serre les poings. «Le blé, le maïs. Ils tuent le bétail, prennent les moissonneuses pour cibles. Ils veulent nous empêcher de récolter pour nous affamer cet hiver. Mais cela non plus, cela ne marchera pas». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le commandant rebelle trace du doigt, sur une carte militaire, l’avancée des forces serbes. «Ils gagnent du terrain, c’est vrai. Mais nous nous adaptons. Cette terre est la nôtre et tôt ou tard, le Kosovo sera libre». Quelque part dans le centre de la province, les guérilleros de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) tentent de plier comme le roseau face à la tempête que Belgrade fait souffler sur leurs positions depuis près de deux semaines. Le canon tonne derrière la montagne, à quelques kilomètres à vol d’oiseau: un obus par minute. Des colonnes de fumée noire s’élèvent dans le ciel blanc de chaleur. C’est l’effervescence au quartier général, installé dans une ancienne école. Les estafettes sillonnent les pistes poussiéreuses à bord de VW Golf immatriculées «UCK» puis quatre chiffres et une...