C’est une jeune réalisatrice qui rentre de Paris avec un trophée en poche. Nadine Labaki, 24 ans, a en effet reçu le prix du meilleur court métrage au festival du film de l’IMA (Institut du monde arabe) pour «11, rue Pasteur», film qui lui avait déjà valu un prix dans la catégorie étudiants au festival du film de Beyrouth. Avec un doublé gagnant pour un premier film, la jeune cinéaste ne montre aucun symptôme du syndrome «grosse tête». Seul son regard direct et déterminé laisse deviner une assurance fraîchement acquise. Sa réaction à l’annonce de sa nomination? «Je suis quand même heureusement étonnée que ce film, qui est mon projet de diplôme, ait eu cet impact sur ceux qui l’ont visionné. J’espère que je ne m’arrêterais pas là et que je pourrais faire des films du même niveau ou même mieux». 11, rue Pasteur: la rue en question, est le théâtre de l’action. «Reflet de la société qu’elle exhibe sous toutes ses formes, la rue est là, immuable, tandis que s’y trament les multiples histoires des différents personnes qui y passent leur chemin ou leur vie». C’est l’histoire d’un homme que l’on ne voit jamais dans le film et qui épie la rue et l’immeuble d’en face à travers la lunette de son fusil. Il ne s’agit nullement d’un franc-tireur dans le contexte d’une guerre. C’est un homme blasé, écrasé par la routine de sa vie. Il se plante devant sa fenêtre et se dit: «Et si je tuais quelqu’un, histoire de mettre un peu de piment à ma vie?». «Mais faute de se dérouler au début du film avec la première cible choisie, le crime met du temps à se décider, tellement de temps qu’il laisse passer les opportunités les unes après les autres et nous conduit d’observation en observation, au rythme des états d’âme du tueur, qui peu à peu devient un observateur ou un voyeur». Voyeurisme Le film décrit donc les pérégrinations d’un tueur qui joue au hasard avec ses victimes présumées et qui laisse peu à peu s’échapper son intention au profit d’un voyeurisme désabusé. Labaki , diplômée de l’IESAV, souligne que l’idée de ce film lui est venue tout naturellement. «Cela découle d’un défaut personnel. Je m’amuse souvent à observer les gens et essayer de deviner d’après leur comportement, leur manière de parler, de s’habiller, ce qu’ils sont. J’invente une histoire et un passé à chaque personne». Le court métrage dure 13 minutes (de tranches de vie). Il regroupe 25 figurants entre acteurs, membres de sa famille, et des volontaires piqués au hasard du tournage. Une voix off , celle de l’observateur au fusil, commente d’un ton satirique les événements. En arrière-fond, la rumeur de la ville: les cris des vendeurs de quatre saisons, les voitures... Est-elle cinéphile? «Je suis une spectatrice assidue de films. Mais pour ce qui est de retenir le CV des acteurs ou des réalisateurs, ma mémoire me joue des tours». Nadine Labaki a passé un mois à localiser le lieu du tournage. «Au volant de ma voiture, je sillonnais les rues à la recherche de l’endroit idéal. Et c’est tout à fait par hasard que je suis tombée sur ce 11, rue Pasteur. C’était un dimanche. Je ruminais des idées noires. Et je me trouve tout naturellement, après un mois de recherches, devant cet immeuble qui irradiait sous le soleil orangé de l’après midi». Un premier film qui glane deux prix, cela a dû renforcer sa confiance en elle-même. «Ce film, en tant que projet de diplôme, je l’aurais sans doute rangé dans un tiroir et suivi une autre voie que celle de la réalisation cinématographique. Le destin en a voulu autrement. A présent, je sens que j’ai une certaine responsabilité. Les dés sont lancés, je ne peux plus reculer». Les jeux sont faits mais avec Nadine Labaki, tout va bien jusque-là...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C’est une jeune réalisatrice qui rentre de Paris avec un trophée en poche. Nadine Labaki, 24 ans, a en effet reçu le prix du meilleur court métrage au festival du film de l’IMA (Institut du monde arabe) pour «11, rue Pasteur», film qui lui avait déjà valu un prix dans la catégorie étudiants au festival du film de Beyrouth. Avec un doublé gagnant pour un premier film, la jeune cinéaste ne montre aucun symptôme du syndrome «grosse tête». Seul son regard direct et déterminé laisse deviner une assurance fraîchement acquise. Sa réaction à l’annonce de sa nomination? «Je suis quand même heureusement étonnée que ce film, qui est mon projet de diplôme, ait eu cet impact sur ceux qui l’ont visionné. J’espère que je ne m’arrêterais pas là et que je pourrais faire des films du même niveau ou même...