La communauté internationale, faisant preuve d’une fermeté rarement manifestée dans le passé face au président Suharto, n’a pas cédé dans le bras de fer engagé avec le régime indonésien et a annulé le versement, prévu pour la semaine prochaine, de 3 milliards de dollars d’aide économique. Une porte-parole du FMI a annoncé à Washington que «l’Indonésie ne respectait pas» le programme de réformes économiques auquel elle s’était engagée et que le versement d’une deuxième tranche de 3 milliards de dollars prévue pour le 15 mars était donc reporté à plus tard, «pas avant le mois d’avril». Si la mesure en elle-même n’a pas véritablement surpris, la manière abrupte dont elle a été signifiée, à trois jours de la reconduction du président Suharto pour un septième mandat de 5 ans à la tête de l’Indonésie, est inattendue. Beaucoup de diplomates et d’analystes estimaient ainsi que la suspension du deuxième versement de plus de 40 milliards mobilisés par la communauté internationale au profit de l’Indonésie serait présentée d’une manière permettant au président Suharto de «sauver la face». D’autres continuaient même à douter de la nouvelle fermeté internationale à l’égard du régime au pouvoir à Djakarta dont les signes, notamment en provenance de Washington, s’étaient pourtant récemment multipliés. Ils faisaient ainsi remarquer que le président Suharto, arrivé au pouvoir en 1965-66 en pleine guerre du Vietnam en écrasant dans le sang le Parti communiste indonésien, avait jusqu’à présent toujours bénéficié, au moins tacitement, de l’appui des pays occidentaux et, en premier lieu, des Etats-Unis. La tolérance de la communauté internationale s’est ainsi régulièrement illustrée par la poursuite, malgré les Nations Unies, de l’annexion du Timor oriental et de la répression exercée contre la population de ce petit territoire. La répugnance à s’opposer au président Suharto qui dirige depuis 32 ans le pays d’une main de fer était aussi visible dans la prudence des réactions des grandes capitales étrangères aux accusations des organisations non-gouvernementales dénonçant le non-respect généralisé des droits de l’homme en Indonésie et, notamment, les entraves à l’état de droit ainsi qu’à la liberté d’expression et d’association. Jusqu’au déclenchement de la crise, les demandes et pressions pour que soit mis un frein à la généralisation de la corruption en Indonésie, considérée comme le «numéro un» en Asie dans ce domaine, restaient également pour le moins très discrètes. La vigueur des réactions du président Suharto à ce qu’il considère comme des ingérences ou des pressions extérieures donnaient d’ailleurs des raisons aux diplomates ou aux directeurs de bureaux d’institutions internationales en Indonésie pour être prudents. En janvier 1992, le président Suharto avait ainsi à grand fracas exclu les Pays-Bas, l’ancienne puissance coloniale, du Groupe des pays donateurs de l’Indonésie parce qu’ils avaient osé évoquer le massacre par l’armée de dizaines de civils désarmés dans un cimetière de la capitale du Timor oriental trois mois plus tôt. De même, l’été dernier, le président Suharto avait spectaculairement annulé le marché de livraisons d’avions de combats passé avec les Etats-Unis en raison des critiques de Washington sur le non-respect des droits de l’homme dans le pays. Le président avait annoncé, à la place, l’achat d’appareils russes, un marché de 600 millions de dollars annulé depuis pour cause de crise économique. (AFP)
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