Dustin Hoffman jouait un journaliste intègre dans «Les hommes du président», film d’Alan Pakula inspiré du Watergate. Une vingtaine d’années plus tard, il retrouve le même emploi grâce à Costa Gavras mais son éthique laisse à désirer. «Mad City» traite de la presse et de son pouvoir, pour le bien ou pour le mal, sujet déjà brillamment abordé par Pakula (1976) et avant lui par Billy Wilder («The Big Carnival» – 1951) et Alexander Mackendrick («Sweet Smell of Success» – 1957). C’est cependant Billy Wilder qui paraît être la référence la plus proche. «Lorsque j’étais à l’IDHEC, j’ai beaucoup étudié le film de Wilder», déclare Costa Gavras. «J’ai rencontré Wilder par la suite et il m’a dit que son film c’était l’histoire d’une forme de journalisme imposée par les circonstances historiques», se rappelle-t-il. Pour avoir refusé de filmer de près des cadavres, Max Brackett (D. Hoffman) est devenu un déclassé. Une prise d’otages dans un musée va lui donner l’occasion de refaire rapidement surface. Matois et machiavélique, il transformera en grand spectacle télévisé une prise d’otages dans un musée, dans laquelle il aura été involontairement impliqué. L’auteur du fort Chabrol (John Travolta) n’est autre que l’un des deux agents de sécurité du musée, licencié pour cause économique. Mais Hoffman sera doublé par son propre rédacteur en chef (Alan Alda), lui-même jetable à tout moment. Le siège se terminera par la mort violente de Travolta et par la transformation radicale du journaliste sur le chemin d’une difficile rédemption. Est-ce l’origine athénienne de Costa Gavras? Mais «Mad City» a des accents de tragédie. «J’avais perçu cet aspect-là dès le début. Cette idée de tragédie était inhérente au type de l’histoire, dont l’autre thème est celui de la vérité», a-t-il observé. «Les conditions de l’événement sont complètement imprévisibles et il en naît une série de situations qui échappent totalement au contrôle des protagonistes». D’où une fatalité propre au genre dramatique. Etat de survie sociale L’intrigue est bâtie sur un contraste – celui du calme (scène de l’intérieur du musée) et de l’agitation (foule grouillante à l’extérieur) – avant de se résorber dans la fureur de la mise à mort finale. Contraste latent du scénario rendu visible par le traitement filmique (valeurs de plans et mouvements de caméra par exemple). «Il fallait rendre ainsi la frénésie propre de l’histoire mais aussi créer deux rythmes. Le cinéma est un spectacle, une illusion, mais à travers elle on peut accéder à la vérité, sans dire pour autant que là est la vérité». Entre-temps, le journaliste et le forcené, «deux personnages dans le même état de survie sociale», auront sympathisé, par-delà les mensonges de l’un et l’innocence bornée de l’autre. «Les sujets de «Z» ou de «L’aveu» traitaient de problèmes politiques énormes et dans les contextes qu’ils décrivaient, il y avait vraiment d’un côté les bourreaux et de l’autre les victimes», explique Costa Gavras. «Mais les crises sont différentes maintenant et «Mad City» décrit un milieu (la presse) et une époque de capitalisme sauvage où l’on peut être une victime sans être tout à fait un salaud. Sur la pyramide du pouvoir, tout le monde est éjectable». Depuis «Missing» (1982), Costa Gavras poursuit une carrière de part et d’autre de l’Atlantique. «Après «Z», j’ai reçu des dizaines de scénarii des Etats-Unis. «Z» a eu beaucoup de succès aux Etats-Unis et on m’a même proposé «Le parrain», dit-il. «Ce qui a été déterminant pour «Missing», c’est qu’il s’agissait d’un sujet américain mais qui ne se passait pas en Amérique. L’action se déroulait au Chili, un pays que je connais bien et où j’ai beaucoup d’amis», dit-il encore. «Mad City» arrive en un moment où la presse suscite une méfiance certaine parmi le public, à en croire les sondages. Mais c’est vrai aussi aux Etats-Unis, observe Gavras. «La télévision US a parfois réagi de façon très agressive au film. C’est un film qui a beaucoup gêné. Cela dit, j’ai rencontré beaucoup de journalistes qui n’ont rien trouvé à redire, ce qui n’était pas le cas juste au-dessus, au niveau des «stars» de la télévision». Costa Gavras termine l’écriture d’un nouveau scénario en espérant le tourner dès cette année. Sur ce point, il n’aura pas été plus loquace. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dustin Hoffman jouait un journaliste intègre dans «Les hommes du président», film d’Alan Pakula inspiré du Watergate. Une vingtaine d’années plus tard, il retrouve le même emploi grâce à Costa Gavras mais son éthique laisse à désirer. «Mad City» traite de la presse et de son pouvoir, pour le bien ou pour le mal, sujet déjà brillamment abordé par Pakula (1976) et avant lui par Billy Wilder («The Big Carnival» – 1951) et Alexander Mackendrick («Sweet Smell of Success» – 1957). C’est cependant Billy Wilder qui paraît être la référence la plus proche. «Lorsque j’étais à l’IDHEC, j’ai beaucoup étudié le film de Wilder», déclare Costa Gavras. «J’ai rencontré Wilder par la suite et il m’a dit que son film c’était l’histoire d’une forme de journalisme imposée par les circonstances...