Le rôle clé joué par les médias israéliens dans la révélation du dernier fiasco du Mossad illustre la décrépitude de la censure militaire, une institution autrefois toute puissante en Israël. Alors que la Suisse avait gardé une semaine le silence sur l’affaire, c’est la presse israélienne qui a publié des fuites, mercredi dernier, contraignant Berne à se départir de son mutisme. La deuxième chaîne, privée, de la télévision a claqué la porte jeudi du Comité des éditeurs, qui rassemble les directeurs de médias israéliens et permet à l’appareil de sécurité de contrôler l’information. Le rôle de cet organisme, que les quotidiens Haaretz et Yédiot Aharonot avaient déjà quitté ces dernières années, est devenu caduc en raison de la rapidité de diffusion des nouvelles, a expliqué la deuxième chaîne. «Le Comité des éditeurs avait été formé pour maintenir volontairement la censure militaire, du temps où la presse était écrite. Nous vivons aujourd’hui dans une ère de vive concurrence où les nouvelles sont diffusées tout autant qu’imprimées», a déclaré le directeur de la chaîne, M. Nahman Shaï, lui-même ex-porte-parole de l’armée. Légalement, toute information touchant, de près ou de loin, à la sécurité d’Israël, doit être soumise aux censeurs de l’armée avant d’être publiée. Cette disposition s’applique aussi aux correspondants étrangers. Il est même interdit d’écrire que la censure existe. Dans la pratique toutefois, la censure militaire ne s’applique plus qu’à des sujets précis, comme les opérations militaires en cours, l’immigration de juifs venant de pays «hostiles» et, surtout, l’armement nucléaire d’Israël. Mais les nouveaux moyens électroniques d’information et la concurrence effrénée des médias en Israël font que l’information finit, en général, par sortir. Un système pour tourner la censure consiste à utiliser les médias étrangers, en leur faisant publier des fuites pour pouvoir les reprendre en Israël. Les détails sur l’arme atomique d’Israël, connus des experts étrangers, sont ainsi intégralement disponibles sur Internet. (http://ww. fas. org/nuke/guide/israel). Un autre système, le «grignotage», consiste à publier l’information bribe par bribe, chaque média, à tour de rôle, allant un peu plus loin que le précédent. Ainsi, dans l’affaire suisse, mercredi, le Yédiot Aharonot a amorcé la pompe en écrivant que le Mossad venait d’essuyer un échec opérationnel. La radio publique a pris le relais en parlant d’un échec «très grave» à l’étranger. La télévision publique a précisé dans son journal du soir qu’il avait eu lieu en Europe occidentale, puis dans son journal de la nuit que c’était en Suisse. A la fin de la journée, tout Israël savait. La concurrence «crée une situation que la censure militaire ne sait pas affronter», explique M. Saul Zadka, professeur de journalisme à l’université Bar Ilan de Tel-Aviv. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le rôle clé joué par les médias israéliens dans la révélation du dernier fiasco du Mossad illustre la décrépitude de la censure militaire, une institution autrefois toute puissante en Israël. Alors que la Suisse avait gardé une semaine le silence sur l’affaire, c’est la presse israélienne qui a publié des fuites, mercredi dernier, contraignant Berne à se départir de son mutisme. La deuxième chaîne, privée, de la télévision a claqué la porte jeudi du Comité des éditeurs, qui rassemble les directeurs de médias israéliens et permet à l’appareil de sécurité de contrôler l’information. Le rôle de cet organisme, que les quotidiens Haaretz et Yédiot Aharonot avaient déjà quitté ces dernières années, est devenu caduc en raison de la rapidité de diffusion des nouvelles, a expliqué la deuxième...