Nous sommes en l’an un de l’après-Deng Xiaoping. Toute la Chine est envahie par «l’économie de marché socialiste». Toute? Non. Un petit village du Sichuan (Sud-Ouest), où Deng lui-même a pourtant vu le jour en 1904, n’a pas eu droit à sa part de l’enrichissement général. Mais un an tout juste après la mort du «Petit Timonier», Paifeng peut enfin capitaliser sur l’image du dirigeant communiste et ne résiste plus aux légions de touristes qui viennent, de plus en plus nombreux, se recueillir dans sa maison natale. «Deng Xiaoping nous avait interdit de bénéficier d’un traitement particulier. Il nous avait dit de compter sur nos propres forces», explique Deng Xingzhong, le secrétaire du Parti communiste chinois (PCC), à la tête du village de 2.500 habitants. «Mais aujourd’hui, nous comptons développer le tourisme et espérons un boom économique pour Paifeng», déclare M. Deng, qui, comme les deux tiers des habitants, porte le même nom que son lointain cousin. Depuis son départ pour la France à l’âge de 16 ans, Deng Xiaoping n’est jamais retourné dans son village natal, vraisemblablement pour éviter d’être confronté à son passé de rejeton d’une famille de propriétaires terriens proches du Kuomintang, le parti nationaliste défait par le PCC en 1949. Hostile par principe au culte de la personnalité dont il avait pu constater les ravages sous Mao Tsé-toung (1949-76), Deng Xiaoping n’a jamais rien envoyé d’autre à sa terre natale que le peu d’argent nécessaire à l’entretien des tombes de ses parents. Résultat, 20 ans tout juste après le lancement de réformes économiques qui ont métamorphosé la Chine, Paifeng est toujours à cinq heures de route de l’aéroport le plus proche, celui de Chongqing, distant pourtant d’à peine 200 km. Une des régions les plus pauvres «Les infrastructures sont en retard», admet Deng Xingzhong. Mais dans trois ou quatre ans, une voie rapide passant à 300 mètres du village devrait mettre Paifeng à deux heures de Chongqing, assure-t-il. Situé dans l’une des régions les plus pauvres du Sichuan, le bourg aux tuiles grises n’a pour tout équipement qu’un parc de stationnement et vient de construire un petit marché pour les marchands de souvenirs. Même si le revenu par tête s’est envolé au cours des dernières années pour atteindre près de 1.500 yuans en 1997, les habitants mettent encore un an pour gagner ce que leurs compatriotes des grandes villes de l’est du pays gagnent en deux mois. Toutes les maisons reçoivent la télévision, mais moins de 5% ont le téléphone. La mort du grand petit homme, le 19 février 1997, a pourtant relancé le tourisme dans son village natal. De 50.000 par an auparavant, les visiteurs sont brutalement passés à 150.000 l’an dernier, laissant à Paifeng entre 20 et 30 yuans (1 USD vaut 8,2 yuans) chacun, selon Deng Xingzhong. Mais l’économie repose toujours essentiellement sur le riz, le blé, les fruits et légumes et la fabrication artisanale des briques. Tout en souhaitant préserver le village tel qu’il était dans l’enfance de Deng Xiaoping, l’ambition des dirigeants locaux serait de faire de Paifeng ce que la province du Hunan (Sud) a fait de Shaoshan, la ville natale de Mao, ou les visiteurs se pressent chaque année par millions. (AFP)
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