Rechercher
Rechercher

Actualités - Reportage

Coup d'envoi : les Indes selon Rameau, galamment... (photos)

C’est sous les couleurs de la France que vient d’être inauguré le festival d’al-Bustan. Un des plus importants ensembles baroques de l’hexagone «La Grande Ecurie et la Chambre du Roy», sous la houlette de Jean-Claude Malgoire, a offert aux mélomanes libanais une des œuvres bel cantistes les marquantes du XVIIe siècle, «Les Indes galantes» de Jean-Philippe Rameau. Pour prêter vie et émotions aux turbulentes amours des héros de cet opéra «ballet héroïque», le soprano Valérie Gabail et le ténor américain Howard Crook incarnent, dans de beaux costumes d’époque, les protagonistes d’une œuvre critiquant, avec un étonnant courage et une vive lucidité, l’esprit des colonisateurs européens en ces temps où le souffle de la liberté n’avait pas encore totalement touché le pays de la très royale dynastie des Fleurs de Lys... Fondé en 1966 par Jean-Claude Malgoire, cet ensemble instrumental s’inscrit dans une tradition qui remonte à François 1er. «La Grande Ecurie» réunissait «ceux qui font grande noise» (trompettes et tambours) alors que «la Chambre du Roy» rassemblait «ceux doux à ouyr» (hautbois et violons). Aujourd’hui cet ensemble groupant plus de trente musiciens, outre son répertoire des œuvres instrumentales du XVIIe et XVIIIe siècles, ressuscite avec éclat les opéras de Lully, Haëndel, Charpentier et Monteverdi. Plus de 1.500 concerts dans le monde entier jalonnent son parcours et il a à son actif une centaine de disques dont plusieurs sont des premiers enregistrements tels le «Rinaldo» de Haëndel, l’«Alceste» de Lully ou «Les Vêpres solennelles» de Charpentier. En ouverture de ce festival placé donc sous le signe de la France, voici les raffinements du Grand Siècle, les idées libératrices des Encyclopédistes à travers le prologue et les quatre tableaux des «Indes Galantes» de Rameau d’après un livret de Fuselier, création représentée pour la première fois en 1735. Comme dans l’opéra, le genre présente une idée générale, un thème conducteur, en l’occurrence ici l’amour. Mais les différentes «entrées» ont leur propre action. La première se passe en Turquie dans les jardins d’Osman Pacha, la seconde dans un désert chez les Incas du Pérou, la troisième est une «fête persane» et la dernière met en scène des «sauvages»... De cet opéra où danse, décor et mise en scène sont des atouts essentiels, il ne demeure que la beauté d’un duo de voix de chanteurs qui fait vivre quatre histoires d’amour aux tons tendrement véhéments. Il faut reconnaître qu’une émotion profonde se dégage de plus d’une page de cet opéra de Rameau qui se défendait à raison d’être toujours préoccupé de la belle déclamation et du beau tour de chant qui règnent dans le rectitatif... Grandiose, parfaitement équilibré, cartésien dans la forme mais d’une émotion toute racinienne, tel apparaît le style de l’auteur de «Castor et Pollux», héritier direct de Lully et précurseur de Glück. Les «Indes galantes», réduites ici à la seule présence d’une vingtaine de musiciens de «La Grande Ecurie et la Chambre du Roy» et le talent vocal d’un ténor et d’une soprano, n’en demeure pas moins un grand moment où la musique est pur bonheur. Amputé de sa dimension visuelle de spectacle de ballet et de divertissement «royal», cet opéra se transforme ici par ces simples extraits, en un sage récital de chant des intermittences du cœur qui fruste énormément les fervents mélomanes qui voient là une pâle production de ce qu’ils espéraient de fastueux... Toutefois, nous transportant au siècle de Voltaire, ces pages appartiennent non seulement au patrimoine français mais encore plus par leur beauté, par leur grandeur, par ce sens si touchant de l’humain et de la décolonisation au drame lyrique universel. Edgar DAVIDIAN
C’est sous les couleurs de la France que vient d’être inauguré le festival d’al-Bustan. Un des plus importants ensembles baroques de l’hexagone «La Grande Ecurie et la Chambre du Roy», sous la houlette de Jean-Claude Malgoire, a offert aux mélomanes libanais une des œuvres bel cantistes les marquantes du XVIIe siècle, «Les Indes galantes» de Jean-Philippe Rameau. Pour prêter vie et émotions aux turbulentes amours des héros de cet opéra «ballet héroïque», le soprano Valérie Gabail et le ténor américain Howard Crook incarnent, dans de beaux costumes d’époque, les protagonistes d’une œuvre critiquant, avec un étonnant courage et une vive lucidité, l’esprit des colonisateurs européens en ces temps où le souffle de la liberté n’avait pas encore totalement touché le pays de la très royale dynastie...