Pour le Carnaval, Cologne la prolétaire, avec un défilé rassemblant plus d’un million de personnes, tient le haut du pavé et prend sa revanche sur la capitale administrative et financière de la région, l’élégante Dusseldorf, noyée sous un chapelet de moqueries. Pendant une semaine, les Rhénans, d’Aix-la-Chapelle à Mayence, se défoulent à outrance, courent le guilledou dans les bals costumés et masqués avec un verre de bière à la main, toujours plein. L’absentéisme est de rigueur dans les usines, les bureaux, les commerces et le Lundi gras est férié. De la Nuit des sorcières jeudi soir, jour de prise de pouvoir par les femmes, jusqu’au Mercredi des cendres en passant par le point culminant du Lundi gras, Cologne règne sur les libations et folies carnavalesques. Et Dusseldorf, l’élégante duègne du Land de Rhénanie du nord-Westphalie avec ses agences de publicité, ses boutiques de mode et ses barons industriels, n’a qu’à bien se tenir. Début février, en pleins préparatifs, le vice-président du comité de carnaval de Cologne, Franz Wolf, a fait démonter un char prévu au défilé de Dusseldorf, offusqué qu’il était de se voir caricaturé sous les traits d’un vieux barbon fuyant une caisse débordant de seins nus. En gardien de la tradition, M. Wolf avait rappelé à l’ordre les sociétés carnavalesques pour interdire les poitrines trop découvertes. A Cologne, l’incident a fait plutôt sourire. Les mauvaises langues disent même que le censeur manque d’humour, car à la cinquième saison, celle du Carnaval, en plus de se saouler, rien n’est plus normal que d’envoyer des piques à la ville voisine. Repartir au plus vite «Devinez pourquoi Néron a incendié Rome?», interrogé Reinhard Louis, commentateur professionnel du carnaval à la chaîne publique de télévision locale WDR. «Parce qu’il ne connaissait pas Dusseldorf», pouffe-t-il. Et le plus bel endroit de Dusseldorf? «L’aéroport pour en repartir plus vite!» Ville d’empire jusqu’à l’arrivée des révolutionnaires français en 1794, Cologne se console dans le rire de ses prérogatives à jamais perdues, alors qu’elle est la quatrième métropole allemande avec un million d’habitants. A deux pas, Dusseldorf en compte moins de 600.000. Elle est depuis le XIXe siècle le fief des barons de la sidérurgie allemande fuyant les fumées d’usines. Cologne abrite de nombreuses industries et, entre les deux jumelles rhénanes, il y a plus que les quarante kilomètres d’autoroute. Chansonniers et sociétaires du carnaval de Cologne se vengent en traitant les habitants de Dusseldorf de villageois de deuxième division à l’image de leur club de foot, le Fortuna. Qu’importent les cuisantes défaites du FC Cologne, «Dusseldorf a appris à jouer chez nous», s’amuse Juergen Stelter, porte-parole des Artilleurs bleus, une des 76 sociétés carnavalesques de la ville. Et ainsi de suite, depuis 175 ans, Cologne s’esclaffe et en impose à sa rivale en mettant en musique le plus grand défilé de carnaval qui attire plus d’un million de visiteurs. Même à l’office du tourisme de Dusseldorf, une hôtesse conseille de faire la fête à Cologne parce «qu’ils y mettent plus de cœur et plus d’âme». Après le départ des troupes napoléoniennes, les Prussiens, de culture protestante, avaient promu Dusseldorf capitale de leurs provinces rhénanes. Ils y avaient installé l’Académie des arts, l’Ecole polytechnique est allée à Aix-la-Chapelle, l’université à Bonn, mais à Cologne, redoutée pour son rayonnement commercial et son catholicisme, rien. La renaissance du carnaval de Cologne, réprimé pendant l’occupation française de 1794 à 1814, date de cette époque. La carnaval ersatz de la puissance perdue? Le salut qu’on s’adresse à Cologne entre deux rasades de Koelsch, la bière locale, est éloquent: «Alaaf» vient de «Cologne uber alles» («Cologne par-dessus tout»). Et qu’on ne s’avise pas de pousser un «Helau», typique pour Dusseldorf. «Après, c’est foutu avec tout le monde», déconseille le vade-mecum du carnaval. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Pour le Carnaval, Cologne la prolétaire, avec un défilé rassemblant plus d’un million de personnes, tient le haut du pavé et prend sa revanche sur la capitale administrative et financière de la région, l’élégante Dusseldorf, noyée sous un chapelet de moqueries. Pendant une semaine, les Rhénans, d’Aix-la-Chapelle à Mayence, se défoulent à outrance, courent le guilledou dans les bals costumés et masqués avec un verre de bière à la main, toujours plein. L’absentéisme est de rigueur dans les usines, les bureaux, les commerces et le Lundi gras est férié. De la Nuit des sorcières jeudi soir, jour de prise de pouvoir par les femmes, jusqu’au Mercredi des cendres en passant par le point culminant du Lundi gras, Cologne règne sur les libations et folies carnavalesques. Et Dusseldorf, l’élégante duègne du Land...