Les Etats-Unis continuent de battre le rappel de leurs alliés en prévision du jour où ils devront «punir» l’Irak, sur fond de désaccord russo-américain, de débats sur l’utilité d’une frappe et de réserves françaises. Mais après sept années d’embargo, la nouvelle coalition en gestation n’a plus grand-chose à voir avec le front uni constitué autour des Américains au moment de l’opération «Tempête du désert». Incapables d’avoir une politique commune, la plupart des pays européens, hormis la France, se rallient les uns après les autres — quoique timidement — au camp de Washington qui mène une véritable offensive diplomatique pour gagner la communauté internationale à sa cause. Les pays candidats à l’OTAN (Hongrie, Pologne et République tchèque) sont notamment sollicités, ainsi que les pays ayant des bases américaines sur leur territoire. Ces adhésions gênent la France dont l’action diplomatique se trouve du coup entravée. Paris est le seul allié occidental des Etats-Unis à être opposé à une opération armée contre l’Irak. Mais cela ne l’empêche pas de mettre à profit les menaces militaires anglo-américaines pour forcer Bagdad à permettre aux experts de l’ONU d’inspecter les sites présidentiels, tout en continuant à tendre la perche à l’Irak. La France vient ainsi de confirmer que le ministre irakien des Affaires étrangères, Mohammed Saïd al-Sahhaf, chargé de remettre au président Jacques Chirac une réponse au message qu’il avait fait parvenir au président Saddam Hussein, «serait reçu» à Paris. Le secrétaire général du Quai d’Orsay, Bertrand Dufourcq, s’était rendu à Bagdad porteur d’un «message de fermeté» du président Chirac au chef d’Etat irakien, lui demandant de coopérer avec les Nations Unies. Contrairement à la Russie et à la Chine — les deux autres membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU opposés à l’usage de la force — le gouvernement français n’a pas condamné à l’avance une éventuelle opération militaire. Tuer des femmes et des enfants En visite à Vienne, le président Chirac s’est élevé contre l’utilisation de la force armée qui tuerait «des femmes et des enfants», et contre la technique de l’embargo, dans une critique à peine voilée des Etats-Unis. Le gouvernement français a clairement annoncé qu’il ne participerait pas à une action militaire, tout en refusant de se placer dans un «des deux camps». Mais la question reste posée quant à l’attitude qu’adopterait la France en cas de frappes, souligne un diplomate occidental en poste à Paris. «Refusera-t-elle de continuer à participer aux survols du sud de l’Irak, aux côtés des alliés», après s’être retirée en décembre 1996 du dispositif de surveillance aérienne du nord de l’Irak? s’interroge-t-il. Paris pourrait également refuser le survol de son territoire par les avions alliés, comme ce fut le cas, dans le passé, lors de l’attaque contre la Libye. Mais cette hypothèse n’est pas sérieusement retenue, car l’essentiel de l’armada alliée se trouve déjà dans la zone du Golfe, soulignent les experts. Dès lors, même le «feu vert» donné par les pays européens aux Etats-Unis pour utiliser leurs bases militaires, apparaît plutôt «symbolique», ajoutent-ils. Par ailleurs, les efforts diplomatiques français sont considérés par Washington et Londres «avec beaucoup plus d’attention et de sérieux» que «les gesticulations russes», note la même source. «Il n’y a pas de proposition franco-russe», insiste-t-elle, en soulignant la «proximité» des positions de Paris et Londres sur le fond. De fait, les dernières déclarations britanniques, jugeant les propositions irakiennes d’ouvrir huit sites présidentiels comme «intéressantes», mais pas satisfaisantes, car ne prévoyant pas un accès sans restriction aux sites présidentiels, sont proches des positions françaises, fait-on valoir à Paris. «L’important est d’obtenir un engagement ferme et clair du président irakien, qui ne soit pas battu en brèche comme la fois précédente», selon ces diplomates pour qui «Saddam Hussein commence à sérieusement s’inquiéter des risques d’une opération de grande envergure pour la survie de son régime». Comme en écho, l’Irak vient d’inviter le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan à se rendre à Bagdad et s’est déclaré disposé à se montrer «flexible» pour résoudre la crise, initiative à laquelle Londres s’est dit samedi favorable mais «à condition que le but de cette visite soit très clair». (AFP)
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