A l’occasion de la parution d’une anthologie, «Eternité volante», d’Ounsi el-Hage, établie par Abdul Kader el-Janabi (Sinbad-Actes Sud), le grand écrivain algérien Tahar Ben Jelloun présente le poète, avec une sympathie teintée d’admiration, dans «Le Monde des livres»: «Né en 1937 à Beyrouth, Ounsi el-Hage fut, dans les années 60, l’enfant terrible des lettres arabes. Il publia en 1960 un long poème, Lan, qui est un manifeste du refus et de la rupture. Refus de la rhétorique arabe, du classicisme complaisant, rupture avec une langue qu’on n’osait pas bousculer. Comme il dira plus tard dans un poème, «la réalité ne m’a pas vaincu». Mais, au-delà de cette révolte, qui fit de lui et de quelques autres — comme l’Irakien Chaker Essayab ou le Syro-Libanais Adonis — la mauvaise conscience du temps arabe, au-delà de ce retrait du long sommeil dans lequel la création arabe s’est enlisée, Ounsi el-Hage a voulu secouer les habitudes et en finir avec les vieilles traditions qui chantaient la femme tout en l’excluant de la vie. Sa poésie est avant tout un hymne à la femme, à l’amour et au désir. Ce qui implique un «cœur noir de solitude» et une souffrance qui voyage dans le corps et la mémoire. Il arrive à ce perturbateur, qui clame: «Je refuse mon temps / Ne m’attachez pas! / Je suis ombre et je le revendique», de descendre dans la rue et d’affronter l’ennemi. En 1969, il échappa à un attentat alors qu’il donnait une conférence à Tripoli où il prenait la défense de la liberté de la femme. Celui qui dit: «Au lieu de descendre ta mère, épouse-la» ne peut que provoquer des colères d’incompréhension et d’intolérance. Il dit aussi: «Le principe est entre nous», et dénonce la patience, cette vertu arabe qu’il compare à une tombe. Dans cette anthologie, les plus beaux poèmes sont des chants d’amour. Amours de la femme, qui révèle l’homme dans ses douleurs intimes, dans sa solitude et dans ses impatiences: «Pour une femme, j’ai élevé les murailles afin que vers elle Se dégage mon chemin Pour elle, belle comme le péché et belle Comme une beauté nue dans un miroir Comme une princesse errante, vigne mûre A cause d’elle, j’ai été déporté et je l’ai attendue sur la surface des eaux» (Traduit par Irène Mosalli). Dans un autre poème, traduit par Nadia Tuéni, il écrit: «Il m’est une femme Comme aux autres un chemin dans le temps Et aux lumières lointaines une espérance». Ounsi el-Hage a introduit la poésie dans la prose arabe. Le poème s’insinue dans le texte avec un naturel à la manière de Kateb Yacine ou de Mohamed Khaïr Eddine. Le fait qu’il ait fait connaître dans le monde arabe les textes d’André Breton et d’Antonin Artaud, qu’il ait adapté des pièces de Strindberg, de Brecht et d’Ionesco participe de cette volonté de changement et de rupture qui caractérise toute avant-garde».
A l’occasion de la parution d’une anthologie, «Eternité volante», d’Ounsi el-Hage, établie par Abdul Kader el-Janabi (Sinbad-Actes Sud), le grand écrivain algérien Tahar Ben Jelloun présente le poète, avec une sympathie teintée d’admiration, dans «Le Monde des livres»: «Né en 1937 à Beyrouth, Ounsi el-Hage fut, dans les années 60, l’enfant terrible des lettres arabes. Il publia en 1960 un long poème, Lan, qui est un manifeste du refus et de la rupture. Refus de la rhétorique arabe, du classicisme complaisant, rupture avec une langue qu’on n’osait pas bousculer. Comme il dira plus tard dans un poème, «la réalité ne m’a pas vaincu». Mais, au-delà de cette révolte, qui fit de lui et de quelques autres — comme l’Irakien Chaker Essayab ou le Syro-Libanais Adonis — la mauvaise conscience du temps...
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