Le ministère iranien des Affaires étrangères a officiellement confirmé la «validité de la fatwa historique» condamnant à mort l’écrivain britannique Salman Rushdie, a rapporté dimanche l’agence officielle IRNA. «Une fatwa exprime l’avis d’un haut dignitaire religieux et à ce titre elle est irrévocable», a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Mahmoud Mohammadi. M. Mohammadi s’exprimait à l’occasion du 9e anniversaire du décret religieux de l’ayatollah Khomeiny appelant à tuer l’écrivain britannique d’origine indienne, accusé par l’Iran d’avoir blasphémé l’islam dans son roman «Les Versets sataniques». Cette prise de position constitue un recul par rapport aux précédentes déclarations du ministère, qui affirmait la validité de la fatwa, mais ajoutait immédiatement que l’Iran n’enverrait personne pour la faire appliquer. M. Mohammadi a également critiqué les déclarations du secrétaire au Foreign Office britannique Robin Cook en faveur de l’écrivain, qui «résulte de son incompréhension de la signification des fatwa et des édits islamiques». M. Cook, dont le pays assure la présidence semestrielle de l’UE, avait appelé l’Iran à «respecter le droit international et pressé les autorités iraniennes d’œuvrer avec l’UE en vue de trouver une solution satisfaisante concernant Salman Rushdie». Samedi, le premier ministre britannique Tony Blair a rencontré, à l’occasion de l’anniversaire de la fatwa lancée le 14 février 1989, l’écrivain qui vit depuis neuf ans en Grande-Bretagne sous haute protection policière. Par ailleurs, les Gardiens de la révolution islamique (Pasdaran), les troupes d’élite du régime iranien, ont affirmé dimanche que Salman Rushdie devait être «puni» pour avoir offensé les convictions de plus d’un milliard de musulmans. Analogie avec Garaudy Dans un communiqué, les Pasdaran ont ajouté que la fatwa de l’imam Khomeiny avait donné «un second souffle à l’islam». Le président du Parlement iranien (Majlis) Ali Akbar Nategh-Nouri a également soutenu la «fatwa divine» contre Rushdie. Dans un discours à l’ouverture de la séance parlementaire, M. Nategh-Nouri, chef de la majorité conservatrice du Parlement, a mis en parallèle l’affaire Rushdie à celle concernant Roger Garaudy, actuellement jugé en France pour contestation de crimes contre l’humanité dans un livre, «Les mythes fondateurs de la politique israélienne», paru en 1995. Plusieurs responsables iraniens avaient déjà comparé le cas des deux écrivains, et critiqué «l’attitude contradictoire» des «prétendus défenseurs des droits de l’homme» qui condamnent Garaudy pour ses attaques contre Israël, mais soutiennent Salman Rushdie. Un haut religieux radical iranien qui promet 2,5 millions de dollars à qui tuera Salman Rushdie avait affirmé que la récompense pourrait «augmenter en fonction de la date à laquelle la sentence sera exécutée». «Nous déciderons d’une augmentation du prix de la récompense en fonction de la date à laquelle la sentence sera exécutée», avait déclaré l’ayatollah Hassan Saneï, chef de la fondation religieuse iranienne «15-Khordad», dans l’édition de samedi du journal intégriste Jomhouri-Islami qui a publié, comme chaque année, un numéro spécial sur cette affaire avec en Une une caricature sans équivoque montrant Salman Rushdie face à une corde, prêt à être pendu. Après une période d’accalmie, l’affaire Rushdie est depuis un an environ plus que jamais au centre des intenses conflits entre factions — droite conservatrice, réformateurs et gauche radicale — qui agitent le régime iranien. Depuis son élection en mai dernier, le président Mohammad Khatami a multiplié les appels au dialogue et à la détente en matière culturelle, sans toutefois prendre position publiquement sur l’affaire Rushdie. M. Khatami, lui-même membre du clergé, était le ministre de la Culture et de l’Orientation islamique de l’ayatollah Khomeiny en 1989 quand ce dernier a prononcé le décret religieux. Le camp de M. Khatami compte en son sein de nombreux modérés favorables à une politique d’apaisement, mais aussi des radicaux parmi les plus ardents défenseurs de la fatwa contre Rushdie. Vendredi le procureur général de la République, l’ayatollah Morteza Moghtadaï, avait affirmé que la fatwa contre l’écrivain «mécréant» était un «jugement irréversible qui doit être appliqué». Un des plus hauts religieux du pays, l’ayatollah conservateur Mohammad Emami-Kachani, s’est joint à lui pour traiter Rushdie «d’abject personnage», condamné à mort «à juste titre». (AFP)
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