Le gouvernement américain a minimisé le nouvel avertissement lancé par la Russie mais certains experts craignent que les tensions créées par la crise avec l’Irak aient un effet durable sur les relations entre Washington et Moscou. Le ministre russe de la Défense Igor Sergueïev a affirmé devant son homologue américain William Cohen, de passage à Moscou, que la crise touchait «les intérêts vitaux de la Russie» et qu’une attaque américaine contre Bagdad nuirait à la coopération américano-russe, notamment dans le domaine du désarmement. «Cela ramènerait nos relations des années en arrière», a-t-il averti. Il a aussi expliqué que Moscou craignait une contamination des ex-républiques soviétiques proches de l’Irak, comme l’Azerbaïdjan ou le Turkménistan, au cas où des missiles ou des bombes américaines toucheraient un entrepôt d’armes chimiques irakiennes. Cette mise en garde vient après des déclarations tonitruantes de Boris Eltsine lui-même sur le risque d’une Troisième Guerre mondiale en cas de frappe américaine. Le coup de colère du président russe avait incité Washington à baisser le ton contre l’Irak pendant un jour ou deux. Le sous-secrétaire d’Etat américain chargé des questions politiques, Thomas Pickering, a affirmé que Washington ne se laisserait pas impressionner. «Nous prenons ce que nous dit la Russie au sérieux et nous demanderons à la Russie de prendre très au sérieux ce que nous lui disons au sujet de cette crise», a déclaré cet ancien ambassadeur à Moscou. «Nous savons que les Russes se sont engagés dans la recherche d’une solution diplomatique. Nous les avons encouragés à le faire», a rappelé M. Pickering. «Mais nous pensons cependant qu’ils doivent comprendre très clairement notre position sur l’usage de la force si besoin est». Pour Ken Katzman, du Congressional Research Service (bureau de documentation du Congrès), les Russes en ont assez «d’être bousculés» par la seule superpuissance. «Ils sont très irrités de voir que les Etats-Unis continuent de se préparer à une opération militaire et qu’ils font peu de cas de leurs efforts de médiation», explique-t-il. Des raisons économiques David Kramer, de l’Institut de recherches privé Carnegie Endowment For International Peace, prévoit «une détérioration des relations avec Moscou» si Washington contraint par la force le président irakien Saddam Hussein à se soumettre aux inspections de l’ONU. «Ça ne veut pas dire que la Russie va rappeler son ambassadeur ou rompre les relations, mais que nous ne pourrons plus bénéficer du même degré de coopération» sur des dossiers comme l’Iran, la Bosnie ou l’élargissement de l’OTAN. Les Etats-Unis s’efforcent de convaincre la Russie de ne plus vendre de technologie nucléaire ou balistique à Téhéran, et d’accepter de bon gré que ses anciens satellites entrent dans l’OTAN. Soldats russes et américains sont déployés ensemble en Bosnie pour garantir le respect de l’accord de paix de Dayton. M. Kramer reconnaît cependant que pour des raisons économiques évidentes, la Russie de Boris Eltsine ne peut pas se permettre de couper les ponts avec l’Occident. «Les deux pays savent qu’il y a des intérêts plus larges en jeu dans cette relation», souligne-t-il. Le budget prévisionnel pour l’année fiscale 1998 qui vient d’être soumis au Congrès prévoit de doubler quasiment les fonds consacrés aux réformes démocratiques en Russie, qui passeront à 225,4 millions de dollars. Le maréchal Sergueiev a tenu à rappeler à William Cohen que le traité de désarmement nucléaire START II n’avait toujours pas été ratifié par la Douma (Parlement russe), ce qui empêche de fait les deux pays de continuer à réduire leurs arsenaux. Mais le traité est bloqué depuis cinq ans par des députés communistes et nationalistes qui ont peu de chances d’être amadoués par une solution diplomatique de la crise avec l’Irak. Et depuis que Moscou et Washington sont passés de la guerre froide au partenariat, il a perdu beaucoup de son importance stratégique. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le gouvernement américain a minimisé le nouvel avertissement lancé par la Russie mais certains experts craignent que les tensions créées par la crise avec l’Irak aient un effet durable sur les relations entre Washington et Moscou. Le ministre russe de la Défense Igor Sergueïev a affirmé devant son homologue américain William Cohen, de passage à Moscou, que la crise touchait «les intérêts vitaux de la Russie» et qu’une attaque américaine contre Bagdad nuirait à la coopération américano-russe, notamment dans le domaine du désarmement. «Cela ramènerait nos relations des années en arrière», a-t-il averti. Il a aussi expliqué que Moscou craignait une contamination des ex-républiques soviétiques proches de l’Irak, comme l’Azerbaïdjan ou le Turkménistan, au cas où des missiles ou des bombes américaines...