Une conférence regroupant une vingtaine de ministres et de nombreux experts s’ouvre jeudi à Dakar dans le but de mobiliser les pays africains sur la création d’une Cour pénale internationale permanente chargée de juger les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et de génocide. Les présidents Joao Bernardo Vieira, de Guinée-Bissau et Abdou Diouf, du Sénégal couvriront cette conférence qui se tient à l’initiative de Mme Emma Bonino, commissaire européen aux droits de l’homme et de l’ONG «Pas de paix sans justice», avec la participation de nombreux représentants d’organisations de droits de l’homme. Un premier projet pour la création de cette Cour avait déjà vu le jour en 1949, après l’adoption d’une convention internationale sur le génocide, mais n’avait pu aboutir à cause de la guerre froide. Il est redevenu d’actualité après les conflits en Yougoslavie et au Rwanda, pour lesquels des tribunaux spéciaux ont été créés, soulignent les organisateurs de la conférence. La création d’une Cour pénale internationale permanente «donnera l’assurance d’un système cohérent de justice mis en place avec un effet dissuasif», affirme Mme Bonino dans une déclaration remise à la presse. Depuis le début du siècle, souligne-t-elle, le monde a connu plus de 250 conflits qui ont fait quelque 130 millions de victimes, au cours desquels des crimes de guerre et des crimes de génocide et contre l’humanité ont été perpétrés ou continuent à l’être, tout en demeurant impunis. Selon Mme Bonino, l’idée d’une Cour pénale internationale, acceptée par la majorité des pays membres de l’ONU, mais accueillie avec réticence par les membres du Conseil de Sécurité, fera l’objet d’une conférence diplomatique au mois de juin à Rome. Selon elle, la controverse porte non pas sur l’idée de la cour, mais sur «le type de cour qui sera créée» et sur son mandat. «La cour, note-t-elle, doit avoir une juridiction propre, condition nécessaire pour qu’elle puisse poursuivre les crimes relevant de sa compétence sans avoir le consentement des Etats concernés». «Le devoir initial de poursuivre les criminels incombe toujours aux Etats», ajoute-t-elle, soulignant que la cour «est conçue pour être complémentaire aux systèmes nationaux de justice pénale, dans le cas où ces procédures seraient indisponibles ou inefficaces». La conférence, à laquelle doivent participer de nombreuses personnalités, dont le financier américain George Soros, président de l’Open Society Institute, prendra fin vendredi par la publication d’une Déclaration de Dakar, qui devrait traduire la position des pays africains sur un problème qui les concerne directement. (AFP)
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