Le double attentat de Séville (Sud de l’Espagne), qui a fait descendre samedi dernier près de 500.000 personnes dans les rues de la capitale andalouse, marque une radicalisation de l’organisation séparatiste basque ETA en dépit des impressionnantes mobilisations populaires contre la violence. L’Espagne a exprimé samedi son rejet du terrorisme avec une force qui a rappelé les manifestations, sans précédent, du mois de juillet après l’exécution par ETA du jeune élu conservateur de la localité basque d’Ermua, Miguel Angel Blanco. Quelque 6 millions de personnes étaient alors descendues dans les rues du pays pour dire «basta ya» (ça suffit) aux activistes basques. A Séville, près de 500.000 personnes ont manifesté pour condamner l’assassinat la veille, attribué par la police à ETA, du deuxième adjoint au maire conservateur de la capitale andalouse, Alberto Jimenez Becerril et de son épouse. Dans le nord du pays, 100.000 personnes ont réclamé la paix dans les rues de Bilbao. Des manifestations, rassemblant plusieurs milliers de personnes, ont eu lieu dans de nombreuses villes. Mais la mobilisation populaire n’a pas fait reculer l’organisation armée basque. Au contraire, elle a accentué son offensive depuis la mort de Miguel Angel Blanco, s’en prenant surtout aux élus du Parti populaire (PP, conservateur, au pouvoir à Madrid). Quatre ont été tués dans des attentats en sept mois et plusieurs autres ont échappé à des tentatives d’assassinats. Selon des sources de la lutte antiterroriste, les coups portés à ETA par les polices française et espagnole ont entraîné une relève de génération au sein de l’organisation séparatiste, avec une montée en puissance de jeunes militants anarchisants. A la différence de leurs aînés, ils sont peu marqués par les principes nationalistes basques et, outre les attentats, ils encouragent la guérilla urbaine qui sévit au Pays basque depuis deux ans, soulignent les mêmes sources. Trêve durable Dans la nuit du 23 au 24 janvier, 150 jeunes séparatistes, masqués, ont semé la terreur à Baracaldo, dans la banlieue de Bilbao (province de Biscaye), attaquant aux cocktails molotov des succursales bancaires et incendiant des cabines téléphoniques. Ces actions de sabotage se reproduisent chaque semaine avec plus ou moins d’intensité. Après la condamnation et l’incarcération, le 1er décembre, à sept ans de prison pour collaboration avec bande armée, de tous les membres de la direction de la coalition indépendantiste Herri Batasuna (HB), le bras politique d’ETA est également affecté par une relève de génération. D’anciens dirigeants historiques de HB, comme Inaki Iruin et Patxi Zabaleta, ont reçu des propositions pour faire partie de la nouvelle direction de la coalition indépendantiste. Mais ils ont, pour l’instant, refusé de s’embarquer «dans un projet où le radicalisme s’impose de plus en plus», a indiqué un expert des questions basques. Des voix s’élèvent dans les rangs indépendantistes pour critiquer cette dérive. Non seulement des militants de base de HB ont critiqué la stratégie de leur parti, mais aussi d’anciens responsables historiques d’ETA. En décembre, le quotidien basque «El Correo» se faisait l’écho d’un document dans lequel d’anciens dirigeants de l’organisation armée, actuellement en prison, se prononçaient en faveur d’une «trêve durable». Parmi ses auteurs figurait l’ex-chef de l’appareil politique de l’organisation, José Luis Alvarez Santacristina, alias «Txelis». Les auteurs du document demandaient à ETA un «cessez-le-feu» et une «trêve longue et durable» car, selon eux, il existe actuellement d’«autres moyens» que la «lutte armée» pour obtenir le droit à l’autodétermination du Pays basque. Des initiatives de paix, lancées par des associations pacifistes et l’Eglise basque, ont reçu un bon accueil dans les milieux nationalistes. Mais ETA a ruiné ces espoirs avec une nouvelle escalade de la violence, selon un responsable politique. (AFP)
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