L’affaire Lewinsky, devenue un duel sans merci entre le président Bill Clinton et le procureur Kenneth Starr, pourrait bien se retourner contre celui-ci, l’opinion publique américaine manifestant une méfiance croissante à son égard. Lorsque la presse a révélé, le 21 janvier, les accusations de Monica Lewinsky, le sentiment général était que M. Clinton, un démocrate, était fini. Mais le rapport de force a totalement changé cette semaine, l’enquête de M. Starr piétinant alors que la cote de M. Clinton, loin de s’effondrer, est au zénith. Mais les sondages révèlent une autre tendance importante: une amorce de ras-le-bol du public à l’égard de M. Starr. Trois Américains sur cinq, d’après l’enquête CNN/Time, estiment ainsi qu’il est allé trop loin dans son enquête sur les frasques sexuelles présumées de M. Clinton. Ce n’est donc pas un hasard si la Maison-Blanche a choisi de présenter M. Starr — un républicain connu pour ses opinions conservatrices — comme un agent de l’extrême-droite prêt à tout pour démolir M. Clinton. Comme il l’a toujours fait depuis la nomination en 1994 de M. Starr comme procureur indépendant chargé d’élucider le scandale politico-financier Whitewater, M. Clinton s’abstient de l’attaquer personnellement, laissant cette tâche à ses conseillers et à son épouse Hillary. L’enquête de M. Starr sur Whitewater a déjà coûté près de 30 millions de dollars aux contribuables. Les alliés de M. Clinton s’interrogent aussi sur le rapport entre Whitewater et la vie sexuelle du président, une tactique qui porte, à en juger par le courrier des lecteurs des journaux et les questions du public aux «talk-shows» des radios et des télévisions. A cela, les défenseurs de M. Starr répliquent que c’est l’«Attorney General» (ministre de la Justice) Janet Reno elle-même, une démocrate nommée à son poste par M. Clinton, qui a pris la décision d’élargir le champ de son enquête. Un problème d’image Si M. Starr est entré en scène, c’est, en effet, parce qu’une femme qu’il avait interrogée dans le passé, Linda Tripp, lui a remis des enregistrements de conversations téléphoniques avec Mlle Lewinsky. Mais si sa position est également solide, M. Starr a de toute évidence un problème d’image. «Il donne l’apparence d’un procureur qui fait de l’excès de zèle», affirme Alan Lichtman, un politologue de l’«American University», à Washington, qui souligne «la méfiance du public à son égard». «Je ne comprends pas pourquoi il continue de donner l’impression qu’il fait tout ce qu’il peut pour se payer Clinton», ajoute-t-il. M. Starr a notamment cité à comparaître le porte-parole du directeur de la lutte antidrogue, Robert Weiner, parce qu’il avait téléphoné à des élus démocrates du Maryland, l’Etat où il réside, pour les exhorter à demander une enquête sur la légalité de l’enregistrement par Mme Tripp de ses conversations téléphoniques avec Mlle Lewinsky. Le procureur craignait apparemment qu’il ait agi sur ordre de la Maison-Blanche. M. Weiner, qui a passé 45mn vendredi devant une chambre de mise en accusation, écumait de rage à sa sortie, accusant M. Starr de «chasse aux sorcières». «Clinton a réussi à faire de Starr l’ennemi», souligne M. Lichtman, qui estime que le procureur, par son comportement, fait le jeu du président. Tout n’est certes pas perdu pour M. Starr, mais il faut pour cela qu’il prouve que M. Clinton a menti en affirmant ne pas avoir eu de relations sexuelles avec Mlle Lewinsky. Selon le sondage CNN/Time, 60% des Américains pensent ainsi que le président devrait alors démissionner. Mais si M. Starr n’y parvient pas, sa crédibilité risque fort de ne pas survivre au scandale. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’affaire Lewinsky, devenue un duel sans merci entre le président Bill Clinton et le procureur Kenneth Starr, pourrait bien se retourner contre celui-ci, l’opinion publique américaine manifestant une méfiance croissante à son égard. Lorsque la presse a révélé, le 21 janvier, les accusations de Monica Lewinsky, le sentiment général était que M. Clinton, un démocrate, était fini. Mais le rapport de force a totalement changé cette semaine, l’enquête de M. Starr piétinant alors que la cote de M. Clinton, loin de s’effondrer, est au zénith. Mais les sondages révèlent une autre tendance importante: une amorce de ras-le-bol du public à l’égard de M. Starr. Trois Américains sur cinq, d’après l’enquête CNN/Time, estiment ainsi qu’il est allé trop loin dans son enquête sur les frasques sexuelles...