Le 30 janvier 1948, le Mahatma Gandhi, 78 ans, apôtre de la non-violence et de la tolérance, était assassiné à New Delhi par des fanatiques hindous. Le héros de la campagne pour l’indépendance de l’Inde avait survécu à peine six mois au départ du colonisateur britannique. 50 ans plus tard, «bapu», le «père» de la nation, est toujours affectueusement appelé «Gandhiji». Mais la philosophie du Mahatma («grande âme»), prônant une vie simple, l’harmonie entre les communautés, l’autosuffisance indienne, a été reléguée aux livres d’histoire. C’est ce que souligneront les élections législatives qui se tiennent le mois prochain en Inde. Les hindous nationalistes, accusés d’intolérance religieuse et d’être anti-musulmans — ce qu’aurait applaudi Nathuram Godse, l’assassin de Gandhi — devraient être confirmés dans leur position de premier parti d’Inde et peut-être obtenir une majorité suffisante pour gouverner. Tous les grands partis se disent d’accord pour la poursuite de la libéralisation économique et le recours à la haute technologie pour résoudre les problèmes du pays. Pour Tushar Gandhi, arrière petit-fils du Mahatma qui vient de se porter candidat sous la bannière du Parti socialiste, «le genre de vie simple et austère» que prônait Gandhi, l’homme au pagne et au rouet, est toujours valable dans un pays où 300 millions des 970 millions d’habitants vivent avec moins d’un dollar par jour. «Nous avançons vers une économie de marché, des voitures rapides sillonnent nos villes, et pourtant des gens meurent de faim», dit-t-il. «C’est la conséquence de notre course folle à l’acquisition de richesses. Cette bulle va aussi éclater. L’effondrement des économies d’Asie du sud-est montre combien est toujours valable l’idéologie de Gandhi selon laquelle il faut vivre selon ses moyens et ne pas emprunter à l’infini». Tushar Gandhi reconnaît toutefois que le Mahatma, dont on garde en mémoire la frêle silhouette, petites lunettes cerclées, bâton à la main, dans les longues marches de désobéissance civile — a été «réduit à une personnalité culte» et que «personne en Inde ne veut débattre et discuter de sa philosophie». Selon Tushar Gandhi (aucune relation de parenté avec la famille Nehru-Gandhi) aurait aujourd’hui fait campagne contre les dirigeants indiens actuels aussi activement que contre les Britanniques. «Sil était vivant, affirme-t-il, les hindous nationalistes n’auraient pas été capables de faire de la politique sur une base communautaire comme ils le font actuellement». Peu en Inde partagent ses vues. Dès 1947, le Mahatma était déjà en décalage par rapport à ses contemporains, y compris son compagnon de lutte Jawaharalal Nehru, premier ministre de l’Inde indépendante. La partition du sous-continent entre une Inde majoritairement hindoue et un Pakistan musulman, voulue par Nehru et combattue par Gandhi, avait fait de celui-ci un homme brisé. Nombre de ses opinions semblent ridicules aux Indiens d’aujourd’hui, comme son utopie d’une société agrarienne, autosuffisante, libre de la modernité occidentale, oubliée dans une Inde mettant des satellites en orbite et développant des capacités nucléaires. En 1997, des cendres qui auraient été celles du Mahatma furent retrouvées dans un coffre de banque. Elles furent dispersées dans le Gange, fleuve sacré des hindous. Seuls quelques milliers de personnes se déplacèrent. Peu de mémoriaux rappellent Mohandas Karamchand Gandhi. Dans le jardin d’une maison de New Delhi, ses derniers pas qui le conduirent à son assassin sont gravés dans la pierre. Il y a là l’une des rares statues de lui dans la capitale. Chaque année, Gopal Godse, qui fit partie du complot, commémore l’exécution de son frère assassin. Il n’a aucun regret. Si c’était à refaire, dit-il, il le referait. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le 30 janvier 1948, le Mahatma Gandhi, 78 ans, apôtre de la non-violence et de la tolérance, était assassiné à New Delhi par des fanatiques hindous. Le héros de la campagne pour l’indépendance de l’Inde avait survécu à peine six mois au départ du colonisateur britannique. 50 ans plus tard, «bapu», le «père» de la nation, est toujours affectueusement appelé «Gandhiji». Mais la philosophie du Mahatma («grande âme»), prônant une vie simple, l’harmonie entre les communautés, l’autosuffisance indienne, a été reléguée aux livres d’histoire. C’est ce que souligneront les élections législatives qui se tiennent le mois prochain en Inde. Les hindous nationalistes, accusés d’intolérance religieuse et d’être anti-musulmans — ce qu’aurait applaudi Nathuram Godse, l’assassin de Gandhi — devraient...