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Actualités - Chronologie

El Nino noie les tours d'Abidjan dans les brumes de l'harmattan

Les gratte-ciel d’Abidjan, le Manhattan ivoirien, dont les silhouettes se reflètent habituellement dans la lagune, sont noyés depuis trois semaines dans la poussière ocre de l’harmattan, un fait inhabituel que les climatologues attribuent au phénomène climatique El Nino. En cette période de «grande saison sèche», de novembre à février, l’harmattan, vent du désert venu du nord sahélien, vient chaque année balayer le sud de la Côte d’Ivoire. «Mais normalement, il arrive par pulsations: on le sent un ou deux jours, puis il repart et revient. Cette année, il est là depuis trois semaines de façon continue», explique Konan Kouakou, ingénieur météo à l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique (ASECNA). Depuis Noël, la capitale ivoirienne et les buildings qui font sa fierté sont envahis d’une brume de poussière, constituée des particules les plus légères des sables du Sahara, charriées par l’alizé boréal. Ce voile étouffant envahit aussi les conversations. Les centres pédiatriques et autres cabinets médicaux regorgent de patients. «On est assaillis. Nous voyons énormément de grippes, de sinusites, de rhinites, de pharyngites et de crises d’asthmes et allergies… Toute la sphère ORL est touchée», raconte un médecin généraliste. Températures polaires Les avions, dont les pilotes atterrissent à vue, on dû renoncer à toute escale à Abidjan, précise-t-on à l’aéroport. Le pain, qui se ramollit habituellement à vue d’œil, est rassis en quelques heures. Les cigares, souvent trop humides, voire moisis, se dessèchent chez les hommes d’affaires. Pour éviter un inesthétique et désagréable dessèchement de la peau, les élégantes s’enduisent abondamment de beurre de karité. Pour l’instant, les principales cultures de la Côte d’Ivoire, café et cacao, n’ont pas souffert de cette sécheresse. Mais d’autres plantations, en particulier les cultures maraîchères, recouvertes de poussière, manquent d’eau. Seule la canne à sucre profite de l’harmattan. «C’est un vent très favorable à la production de saccharine», affirme Pené Crépin, ingénieur à l’Institut des savanes à Bouaké. Ce phénomène «particulier, mais pas exceptionnel», selon les experts, avait déjà été observé en 1972/73 et 1983, années frappées par El Nino (l’enfant Jésus), dont le nom vient d’une observation périodique du phénomène, à Noël par les habitants du Chili et du Pérou. El Nino, qui se traduit par un réchauffement anormal de la surface de la mer, a entraîné en 1997 toutes sortes de perturbations (inondations ou sécheresses), parfois catastrophiques, comme en Afrique orientale ces jours-ci. Cette année, l’harmattan est tellement puissant qu’il a repoussé le Front inter-tropical (FIT), barrière climatique entre l’air chaud humide et l’air froid et sec jusque sur le littoral du golfe de Guinée. En conséquence, on enregistre des températures jugées quasiment polaires ici: à Yamoussoukro, la capitale administrative ivoirienne, le thermomètre a chuté jusqu’à 7,5 degrés pendant la nuit. Le taux d’hygrométrie est même tombé un moment en dessous des 50 à Abidjan, contre 90 à 98% habituellement. Chaque jour, les météorologues tracent consciencieusement au crayon orange la courbe du FIT, coincée depuis des semaines sur le littoral et se refusent à toute prévision, se contentant d’estimer que l’harmattan peut durer «encore quelques jours». Une absence de pronostic qui inquiète les médecins, la méninginte cérébro-spinale, particulièrement vivace en cette saison, a déjà fait ses premières victimes au Ghana voisin. Timidement, le soleil est cependant parvenu pour la première fois depuis trois semaines à percer la brume. (AFP)
Les gratte-ciel d’Abidjan, le Manhattan ivoirien, dont les silhouettes se reflètent habituellement dans la lagune, sont noyés depuis trois semaines dans la poussière ocre de l’harmattan, un fait inhabituel que les climatologues attribuent au phénomène climatique El Nino. En cette période de «grande saison sèche», de novembre à février, l’harmattan, vent du désert venu du nord sahélien, vient chaque année balayer le sud de la Côte d’Ivoire. «Mais normalement, il arrive par pulsations: on le sent un ou deux jours, puis il repart et revient. Cette année, il est là depuis trois semaines de façon continue», explique Konan Kouakou, ingénieur météo à l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique (ASECNA). Depuis Noël, la capitale ivoirienne et les buildings qui font sa fierté sont envahis...